dimanche 16 mars 2014

De l'influence du «WOW effect» -par Alain Le guirec (programmeur)


Ah, le rétro-gaming ! Cette mode formidable qui pousse des nostalgiques à payer des fortunes de vieux jeux chiants. Cette mode ne peut que disparaitre dans l'avenir. Voilà, en condensée, l'idée que véhicule encore certaines personnes. Celles qui ne voient pas les valeurs partagées par les rétro-gamer. Celles qui, ne comprenant pas cet amour des vieux jeux, ne peuvent ni comprendre, ni anticiper les évolutions du futur. Celles qui sont finalement sur la touche.Pour bien comprendre cette valeur commune, il faut remonter dans le passé....


Imaginez-vous dans les années 70. La TV arrive dans les foyers. Cet objet fascinant coute presque aussi cher qu'une voiture. Les gens se collent devant, hypnotisé par des programmes qui diffusent la pensée officielle. Imaginez vous gamin, voyant la TV expliquer ce qu'est la vérité à vos parents
Maintenant, imaginez que votre père revienne du travail avec sous le bras une console pong. Il la branche, allume la TV, allume la console et là, le jeu s'affiche. La petite console a prit le contrôle de la sainte TV. C'est elle qui donne la vérité. On commence la première partie et on découvre qu'en tournant un bouton sur la manette, on peut bouger le rectangle à l'écran. La console nous donne le pouvoir de modifier le message de vérité. On se sent pousser des ailes. On peut désormais se libérer du message officiel en allumant la console pong.

On a le contrôle.Mais avec le temps, on se rend compte que notre expression est limitée. Il est difficile de s'exprimer avec haut bas et un score entre 0 et 10. On se sent un peu frustré mais cette frustration est signe que l'on est prêt pour l'étape suivante.Cette étape arrive lorsque les ordinateurs personnels arrivent sur le marché grand public. L'enfant des années 70 qui a gouté à la liberté en faisant taire Léon Zitrone, peut désormais tenter de faire lui même ses propres jeux et programmes.Il append le basic, il apprend à chercher et à échanger le savoir avec ses copains de collège. Il commence à savoir exprimer. Et doucement son problème d'expression passe de comment à quoi. Il se construit une conscience de ses valeurs pour mieux les exprimer.Il sait de mieux en mieux ce qu'il veut dire. Son ambition augmente avec l'expérience.Mais les ordinateurs de cette époque ont peu de capacités. Pour s'exprimer, il doit apprendre à être plus performant.


Il apprend l'assembleur et l'optimisation. Chaque pas en avant lui ouvre un champ d'expression plus large. Il se sent grandir avec force. Il se sent vivre à grande vitesse comme dans des montagnes russes.Parfois, il tombe sur un jeu du commerce qui explose tous les standards de performance. Un de ces jeux qui vous font sentir que vous êtes loin d'avoir tout compris. Un de ces jeux qui vous coupe le souffle. Vous perdez toutes les anciennes références. Vous pensez avoir changé de machine.
Et là, tout est remis en question. Il faut apprendre pour être à la hauteur de la dernière performance.
Au bout de quelques années, le manque de performances des autres finit par affaiblir sa motivation. Mais heureusement, une nouvelle machine arrive. Incroyablement plus puissante, elle semble offrir des possibilités sans limites. Le cycle reprend, le gamin a grandit. Il ne passe plus par la case basic. Il apprend directement l'assembleur. Il est devenu efficace.Prit dans ce cycle, notre gamin assoiffé de liberté et devenu avec les années un athlète voué au culte de la performance.Car c'est bien là, la valeur centrale de tous les rétro gamer : la performance.


L'histoire que je vous ai racontée n'est surement pas celle de tous les rétro gamer. Certains n'ont parcouru les époques qu'en jouant. Mais si ceux là sont devenus des tueurs à Street fighter, starcraft ou dodonpachi, c'est avec le même esprit de recherche de la performance.Je vous parlais précédemment de ce coup de pied au cul qu'on se prend parfois en voyant un jeu extraordinaire. Quand la performance dépasse tout ce qui était vu jusqu'alors. On appelle ça le « wow effect ».

 
C'est un peu le saint Graal « dev old school ».Dans cette course à la performance un des plus célèbres développeurs est John Carmack. Lorsqu'il a sortie Wolfenstein 3D sur des PC qui n'avait jamais affiché d'image 3D en temps réel, il a mis une claque à la planète entière !
 

Et quand assez peu de temps après, il a sortie Doom, Il a décuplé l'admiration et l'envie d'apprendre pour toute sa génération.Il est difficile pour quelqu'un qui n'a pas vécu la sortie de ces jeux de comprendre l’impact de ce « wow effect ». Le « wow effect » étant par nature un événement relatif. C'est aussi pour cela que les nouveaux venus comprennent mal l'intérêt qu'un vieux gamer peut porter à Doom. Ils appellent ça à tord de la nostalgie. C'est plutôt que le souvenir du « wow effect » porte encore le jeu.


Le respect est toujours vivant.La difficulté de compréhension est d'autant plus forte que le culte de la performance qui n'est plus commun à tous les gamers d'aujourd'hui. Pour attirer plus de monde, les jeux sont devenus plus accessible, plus facile. Ils ne demandent plus de se dépasser. Les jeux d'aujourd'hui se finissent pour libérer la place aux suivants. Nous vivons une époque de rupture.Le rétro-gaming n'est pas l'expression d'une nostalgie du passé, c'est l'envie de cultiver sa performance. Il n'a rien de rétro en définitive.A bien y regarder, la culture qui anime les "rétro gamers" est toujours celle qui construit l'avenir.Je vous invite à regarder le projet occlus rift dirigé par maitre John Carmack.


Préparez vous au prochain « wow effect » ^^. Les rétro gamers n'ont pas finit de construire votre avenir.

Alain LE GUIREC (lire ou relire son ITW)