mercredi 1 avril 2020

Player Spirit (mon humble avis sur le premier numéro) : attention, article sincère !


Reçu, lu et... déçu !

Samedi 17 Février, 12h05. On sonne à l’interphone. J’interrompe la confection d'un repas saturnien en cours d'élaboration, répond et ouvre au livreur. L’employé au k-way bleu et rayures jaunes m’apporte un énorme carton (d’une taille démesurée). Il doit d’agir de ça. Le fameux magazine (auquel je devais participer et puis finalement non). C’est ça ! Il se trouve bien à l’intérieur. Il est accompagné d’une biographie sur YU SUZUKI signée de Benjamin BERGET et commandé avec. Que peux donc contenir ce nouveau magazine qui revient du futur ? J’M Destroy m’indiquait il y a peu, par téléphone, ce qu’il ne voulait pas y voir : pas de tests, ni de Homebrew, pas de rétrospective. Mais de l’inédit, des traitements originaux… et revenir avec un œil amusé et du recul sur cette époque dite de « l’âge d’or » avec une poignée d’anciens briscards de la presse spécialisée - qu’il a largement contribué à façonner (la presse, hein, pas les briscards) - aidés de quelques « petits » nouveaux (âgés de 35 ans en moyenne - et rédacteurs d’expérience eux-aussi.). Bref ! Prévu pour le mois de JANVIER, nous sommes à la mi-Février et le magazine est là !  Avec du retard, certes -et je trouve mon exemplaire corné, tordu (malgré le mode de transport surréaliste choisi) - mais je ne boude pas mon plaisir pour autant : il y a 16 pages supplémentaires ! Et, surtout, j’allais enfin comprendre ce que « Destroy » souhaitait…

La couverture est chouette, encore plus belle tenue en mains que sur les réseaux sociaux ou le site de l’éditeur GEEKS LINE. Le contenu, que je feuillette rapidement, est superbement mis en page. Epais, carré, brillant de mille feux et vintage à la fois :  Le consoles + nouveau est arrivé ! Passons, maintenant, à l’intérieur…

Dans son édito le rédacteur en chef parle d’amateurs pour désigner l’ensemble (majoritaire) de son équipe de rédacteurs (pour mieux mettre en avant la présence de quelques pointures du passé certainement ; rappelés ici à l’exercice et très largement mises en avant lors de la campagne du financement participatif qui a permis – en récoltant plus de 20 000 euros en moins d’un mois- de faire naitre ce gros bébé de 145 pages.).

Les amateurs en question officient pour certains depuis plus de 10 ans à l’écrit dans le domaine du jeux vidéo et ont surtout rédigés 70 % du magazine vendu ici…quand dans le meme temps les anciens célébrés – élevés aux rend de quasi légendes vivantes pour certains ! - se sont, passer moi l’expression, un peu « tournés les pouces » ! (Pas plus d’une vingtaine de lignes écrites pour AHL et Matt Murdock). Avec tout le respect que je leur dois… méritent t ils une telle mise en avant dans ce numéro d’ouverture ou est-il question ici de faire du pur marketing ?

Ça commence bien, néanmoins ! Et le ton de l’édito plutôt léger, souriant, rédigé dans un élan qui communique l’envie de tourner la page suivante, ce que je fais volontiers. Gageons toutefois que les numéros suivants rectifierons ces premières maladresses dans la présentation du casting.   

Les pages 2 et 3 composées par le sommaire et des caricatures de personnages -dessinés à la manière de celles que proposait Consoles + pour illustrer l’équipe du magazine- ainsi que l’ensemble de la mise en page (fonds colorés et choisis pour mettre au mieux en avant le découpage des textes) nous replonge d’emblée dans l’âge d’or de la presse vidéoludique (les esprits -de l’indétrônable Micro News, de Player one et autre Super Power- ne sont jusqu’ici pas très loins.).

Une forte déception est pourtant (déjà) lisible ici. Dans les descriptifs présents sous les caricatures amusantes « à la manière de consoles +, donc » on apprend en effet que ce ne sont pas les rédacteurs officiant au journal qui sont décrits, comme nous pouvions légitimement nous y attendre, mais de parfaits inconnus… quel intérêt ? Il est économique ! Ces présentations (de nature, éphémères du coup) ne concernent que les donateurs (les plus généreux, probablement) du crowfounding ayant permis de financer l’ouvrage ! Et là, d’un coup : grosse déception !

Quel intérêt pour le lecteur ?! La fonction de ces croquis n’est-elle pas de créer un lien de sympathie entre la team derrière le stylo et son lectorat ? Voilà une rédaction décidemment bien malmenée !  La vexation des rédacteurs de l’ouvrage (quand on sait les efforts à déployer pour mériter l’honneur d’une telle place) est palpable. Et non, il ne suffit pas de faire un chèque pour occuper la première place d’un magazine : j’écris, bon sang !

Dès la page 4 et jusqu’à la page11 un « padawan » de l’équipe -comme ils disent (autrement dit : un amateur !) -  se coltine l’ensemble des news de l’univers retro. Des infos en vracs, dont j’ai apprécié l’ensemble (le gars derrière ça est un « peu » le boss de ROMGAME l’un des tout meilleur site sur l’info lié au retro- gaming disponible à ce jour… donc bon. Normal que le résultat soit à la hauteur. Un dessin inspiré (signé d’un « point d’exclamation à l’envers ») accompagne ses pages, en prime !

Le padawan 2 est quant à lui un spécialiste de la Coleco (il a écrit un livre sur ce sujet, sauf erreur) et il nous en (re)dresse l’historique de la machine en pages 12 à 21 du magazine.   

Ces pages contiennent quelques maladresses « Cette marque a marqué » (ce genre de redondance) mais le contenu est informatif. Le dossier Coleco s’il est intéressant est tout de meme assez besogneux de le lire. Il faut s’y reprendre à deux ou trois reprises pour en comprendre l’ensemble et combler quelques vides (ou mal dits) par ses propres recherches…

Arrive ensuite la lecture des pages 24 à 31, la plus agréable jusque-ici. Un autre « padawan » (qui officie lui depuis plus de 15 ans dans les plus prestigieuses publications dédiées au rétrogaming - passons, décidemment, sur ce point de détail de l’édito !) propose ici un dossier sur l’une des guerres de l’arcade : Namco Vs Sega.

Introduit par une illustration sur deux pages à un peu vulgos (et dispensable - comme pourrait dire l’auteur de l’article à suivre- un rédacteur qui se montre plutôt précieux dans les termes qu’il choisit pour illustrer son propos (le concours engagé par deux firmes mythiques de l’arcade pour devenir leader en la matière) : « Tels deux garnements qui à l’abri des regards se mesureraient pour savoir qui a la plus grosse », et citer, un peu plus loin, Roméo & Juliette ! « Deux familles, égales en noblesse, Dans la belle Vérone… » ! Bref, nous avons là en définitive un bon gros dossier riche en contenu et bien mené où on apprend des choses ! Je ne regrette pas, ici, l'acquisition de l'ouvrage.

Les page 32 à 35 font montre de titres Homebrew en développement. On avait dit pas de Homebrew, J’M… ni de tests !! Requalifiés sous l’appellation « souvenirs et découvertes » : il y en a plein ! (Des tests : de la page 58 à la page 67) ! Et avant cela, donc : ces titres Homebrew ! Si la première partie m'ennui ferme (Quant à l'interview...). Les pages de tests font sens en revanche !

Les pages ayant traits aux jeux homebrew ne m’intéressant pas -je ne comprends pas l’intérêt que l’on peut trouver à jouer des titres type C64 ou Atari 2600. Alors, des remakes amateurs…- je préfère passer là-dessus !!

Les pages 58 à 67 sont chouettes en revanche !! C’est meme à mon sens, LE coup de « génie » du magazine ! Grandement aidés dans la démarche par des rédacteurs qui ne sont ni manchot (ils jouent aux titres décrits ou décriés), ni avars en tournures un peu classes et qui claques ! Les fameux tests ont (et c’est heureux) encore de bons jours à venir… Quant à causer néo-rétro les tests effectués en la matière justifient (presque à eux seuls) l’achat d’un tel support (car vintage lui aussi) !

Le second dossier à suivre -accompagné d’une Interview- est également intéressant. On y parcourt la naissance, la vie et la mort d’une boite de jeu célèbre : CINEWARE. Et contrairement à l’historique fait sur la Coleco, c’est très fluide ! 

Pages 68 à 84, on trouve un dossier et une interview sur ALONE IN THE DARK de Fréderic Raynal. 

Déjà vu (excellent travail de PIX N LOVE sur ce sujet) mais bon, why not.

Un bon point pour Jay. Ça rubrique RP-JAY est nickel ! N’aimant pas du tout le genre RPG j’en suis le premier étonné ! J’ai meme compris grâce au style adopté à l’écrit par le rédacteur (un jeune qu’ils ont mis dans les vieux, bizarrement ^^) ce qu’il fallait fournir, ce qui était attendu pour rendre lisible et homogène l’ensemble du magazine. Un style écrit : parlé. Bien joué ! Nous sommes ici, comme à la belle époque, dans le ton idéal : celui de la sincérité et du vécu et qui se doit de refléter le capuchon derrière le Bic (pas le Mont Blanc) !   

Notre cher président à tous et toute revient quant à lui et sur deux pages sur les liens étranges - et tout en composants- entre TERMINATOR, ATARI… ok, prez. Prez est notre président à tous et toutes et donc tout ce qu'il écrit fait sens  !  

« Portés disparus » annoncée par son rédacteur comme « morte née » sera finalement pour ce premier numéro de Player Spirit une rétrospective (de jeux annoncés puis annulés pour finalement réapparaitre…) en lieu et place d’un listing de jeux jamais sortis donc. Me tamponnant royalement le coquillard des jeux N64 sortis (officiellement) autant dire vous dire que cet article-là : je l’ai zappé,  royal !

Les belles histoires d’onc’Moulinex (ça y est : un « vrai » vieux qui bosse !!) est une rubrique sympa. Enfin un ancien (l’une des légendes annoncée) qui s’est retroussé les manches – et inspire le respect ! Sens de l’humour et digression lunaire à l’écrit : adoptés !

Les vieux « consvaincront » est drôle, aussi. (et le second « ieuve » légendaire à intervenir - mis en avant comme tel lors du teasing 2.0 organisé autour du mag ! – s’en donne à cœur joie dans cette rubrique qui lui ai probablement dédiée !). Le concept consiste ici à démontrer qu’un vieux hit (avec le point de vue d’une éminente mauvaise foi) reste toujours supérieur à sa dernière altération en date. C’est bien trouvé et bien conduit ! L’argumentaire tiens la route par une bonne dose d’humour. L’inverse (un rédacteur plus jeune qui défend un jeu d’une génération plus récente en développant quelques arguments) aurait été également bienvenue …

Un entretien de ANDREW BRAYBROOK (programmeur de jeux video), accompagné d’une description exhaustive de son parcours et des titres auxquels il a participé et ensuite proposée. N’ayant reconnu aucuns titres retracés dans cette rubrique, j’avoue m’être ennuyé ferme. J’aurai presque préféré qu’on me décrive ici le parcours en détails du chef de rayon grisonnant du Super U à côté de chez moi… c’est dire ! Il est probable néanmoins, à la décharge du chef de publication, que ce dernier n’est aucuns liens avec l’univers vidéoludique - passé le réassort des titres pour la switch une fois accompli.

Excellente est la rubrique suivante ! Mesdames, messieurs, la cour… revient sur des avis scandaleux de la presse vidéoludique d’hier. Très drôle et instructif. Les quatre pages (pour deux procès intentés) nous font revenir, avec humour, sur cette période souvent trouble de la presse naissante d’un jeu vidéo en bas âge.   

Suit, un coup de geule de Jay… qui (je pense) n’a rien à faire ici.

La rubrique « Swag ou Has been », avant dernière rubrique, est un jugement subjectif sur qui est « in » ou « out » parmi les mascottes du jeu vidéo de plateformes. Je vois bien qu’il s’agit d’une tentative de dresser des portraits de manière humoristique. TOUS les personnages sans exceptions jugés Has been récoltant mes suffrages… cela ne m’a pas fait rire. Mais alors, du tout, du tout…

Le magazine se conclu sur une page signée du cultissime Zekiller (trois exemples de jeux video figurant des super-héros connus pour leurs faiblesses y sont « taillés »). Du rire jaune et un style forcé… Voilà le contenu de cette page courte. Très décevant (surtout lorsque l’on sait ce que représentait zekiller à son (anonyme) heure de gloire et l’emprunte que sa plume « un anti-poison acerbe » ont pu laisser dans le « game ». 

Enchères et damnation sur les toute dernières pages est un étale de jeux hors de prix à notre époque malade ferme ce premier numéro de player spirit. Voilà qui me laisse coi (comment ?) et sans opinions – cet étalage de prix élevés dans un ensemble sans intérêt - m’ont juste glacé les pieds !  

Abordons, poour conclure, ce qui est finalement réussi et ce qu’il faudrait « améliorationner ».

Traiter des titres les plus récemment sortis sur nos consoles les plus anciennes : les jeux « neo-reto ». Le coup de génie du magazine ! Grandement aidés dans la démarche par des rédacteurs qui ne sont ni manchot (ils jouent aux titres décrit ou décriés), ni avars en tournures un peu classe et qui claque ! Les fameux tests (s’ils sont vraiment écrit) ont encore de bons jours devant eux… et c’est heureux !!

Les procès faits à la presse passée sont à renouveler, la page du killer à réveiller, le RP -Jay à continuer. Les dossiers firmes, arcade, jeu de légende et créateur sont intéressants mais un peu plus d’audaces dans les choix de sujets -comme dans leur formulation- leur feraient gagner en intérêt !

Enfin, surtout, un peu plus d’humour et d’originalité (les dernières pages du mag décrites plus haut) et une plus grande fidélité à l’esprit de l'époque -non pas d’un seul joueur mais de plusieurs (le joueur buziness en moins?)- me pousserai meme, je pense, à prendre un abonnement !

vINz

lundi 9 mars 2020

Quarantaine(s)


Quarantaine(s)


« Je suis composé d’eau. Personne ne peut s’en apercevoir, parce qu’elle est contenue à l’intérieur. Mes amis sont composés d’eau eux aussi. Tout autant qu’ils sont. Notre problème, c’est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie. »

Philip Dick, Confessions d’un barjo.

                                                                                             

La nuit était tombée et la télé éteinte. Quelques reflets de lune, d’une blancheur translucide, emplissaient le séjour. Le moindre objet, hachuré de rayons -ici, une pile de magazines sur un fauteuil, plus loin, une table basse avec ronds de cafés dessus-  l'ensemble redessinait la pièce, zébrait sa perception. A côté de lui, quoi, pas loin, tout son petit monde dormait. Le chat, sa fille, sa femme –tout le monde. Une bougie parfumée, aux senteurs de vanille, se consumait doucement dans l’atmosphère. Pour commencer son truc, c’était vraiment au poil ! L’écran sur ses genoux, ils attendaient que ça commence. Lui, en quête d’inspiration. Et le trait noir vertical de son ordinateur qui clignotait sur fond blanc, comme pour marquer son impatience.

Sans cette foutue réunion, prévue très tôt demain matin, Paul Boomann, quarante-trois ans, eut été capable d’hurler au monde entier, que tout était possible. Tout, vraiment ? Quelle attitude fallait-il adopter dans ce cas ? Continuer à raconter des histoires au bureau ou en écrire à domicile ?! Sélectionnant un fichier vierge, tout aussi vite rebaptisé, il commença à tapoter. Pas le rapport prévu, qu’il devait faire pour le lendemain, mais une petite histoire, inventée de toutes pièces...



Depuis quelques jours déjà tout le monde parlait du phénomène. A la télé, au restaurant ou à la pause-café le risque épidémique était sur toutes les lèvres. Manger de la viande, qu’on nous disait, même bio, devenait dangereux. Jusque lundi dernier, je n’avais accordé aucun crédit à cette rumeur par trop médiatisée.  Après le vaccin antigrippe A et le nuage de Tchernobyl (capable de contourner les frontières de l’hexagone, je vous le rappel !) ou, plus récemment encore, la soi-disant reformation du groupe téléphone (sans sa bassiste), je n’entendais plus rien. Ma télé ne me servait plus qu’à lancer des parties de RESIDENT EVIL ou à mater Gordon Ramsay dans l’une de ses cauchemardesque aventure en cuisine. Bref, j’avais zappé.

C’est donc d’un pas insouciant, en cet instant, que je me rendais vers le marché couvert. Je profitais aussi de l’absence des filles pour tout dire, parties deux jours chez ma belle-mère, pour bouffer un peu de viande. Ça me changerait du poisson-riz et du chili végétarien.

Le slogan de l’étale, reproduit sur les sacs d’emballages, disait la vérité. C’était incontestablement un boucher de quatrième génération qui s’afférait à préparer mon steak. Un gars poli, au teint couperosé, plutôt débordé à cette heure de grande affluence, mais faisant face, vaillant et plutôt pro ! Il me sembla qu’il distribuait, les commissures en extensions, autant de blagues que sa boucherie pouvait contenir de clients. Un commerçant bosseur et fier, comme il y en a de moins en moins… rien de suspect à déclarer, à priori ! Confiant sur toute la ligne et de retour chez moi, j’englouti donc le steak accompagné de quelques frites.

Trois heures plus tard, arrive ce mal de ventre ! Une douleur lancinante, bientôt épouvantable. Tellement aiguë que sur le coup je diagnostic l'appendicite, d’emblée ! Il parait que passé la trentaine ça peut être dangereux…comme si j’devenais médecin, un peu. Machinalement, j’examine le frigo, me sachant négligeant, j’inspecte le tout en détail et beaucoup plus que d’habitude : les dates de péremptions, les origines d’odeurs suspectes, les poils aux jambes et les bras naissant qui poussent parfois aux fruits ou aux légumes. Tout semble en ordre. Plus aucun doute à ce moment : c'est donc ce foutu steak ! Grizzli, ma « panthère des gouttières », tellement énorme qu’on pourrait en dire qu’elle est deux chats à elle toute seule, relève la tête de son assiette. Visiblement, je dérange. Elle s’interroge sur mon attitude, pour résumer. Ce n’est pourtant qu’un début ! Pendant toute l'heure qui suit je tente de me soigner. Mes mains saisissent du Spasfon, du Doliprane, du miel, du coca, du pain, de tout. J’ingère n’importe quel truc pour m’apaiser. Le temps s’arrête. Un mal de chien ! Et impossible de penser à autre chose, hein, évidemment. J'allume ma console de jeu, celle-ci exhibe des chairs en lambeaux. Bof. Je passe à la tv, elle m’offre un zoom, puis un dé-zoom, qui va et vient, sur les pires résidants qu’une cuisine puisse connaitre ! La famille des cafards, très certainement au grand complet ! Incroyable ce que tout peut tourner autour de son nombril lorsqu'on a mal… Et si j'appelais quelqu'un, genre les urgences ? Aie ! Putain, ça fait mal… Je dois filer aux chiottes !

Je me tords, change bientôt de couleur, virant du vert au rouge, crie comme un forcené. Et pour finir, comment ? Totalement lessivé, épuisé -le froc baissé, les bras ballants- le ventre couvert de bleues, d’hématomes intérieurs. Dans un dernier effort, quelques secondes plus tard, je gratte le fond de ma gorge, me v’là encore marron ! Aucuns moyens de vaincre cette chose et la douleur est insoutenable. Et puis, je tombe : VLAN ! Emportant, d’un coup sec au menton, la lunette des toilettes. Violent ! Certains parleraient de blackout. Là, c’est le contraire, tout devient blanc. Des secondes passent, puis des minutes … un vrai blizzard !     

Le bruit du respirateur, « tut », entrecoupé de petits « tut », me réveil « tut » doucement. Le blanc blizzard devient pareil à de la morve, le flou moins transparent. Puis des images me parviennent, de plus en plus distinctes. Elles proviennent d’un écran, accroché en hauteur. En contre bas, depuis mon lit, je les observe :

Des gens courent en tous sens, en se maintenant le ventre, hurlant de douleur semble-t-il, alors que d’autres, sur le plan suivant, tristes et calmes, marchent en rangs dans le même sens.  Ils tournent le dos aux bruits de la ville, faisant face au soleil. On a le sentiment qu’un exode est en cours. Le troisième plan, plus apaisant, est fait d’un long panoramique : sur un fond de soleil au couchant plusieurs places parisiennes défilent. Abandonnées de tous, ces lieux mythiques (la place de la concorde, le parvis de la défense, Notre Dame de Paris, les halles…) et toutes les rues de la capitale formes un grand vide étourdissant. Il n’y a plus personne. Une seule présence demeure, dans ce décor de fin du monde : la neige. Elle est partout, recouvre l’ensemble. Un fait curieux en plein été. Le pavé parisien, les voitures, les réverbères, les auvents des boutiques comme les terrasses des cafés sont recouverts d’une poudre fine, d’un blanc immaculé.     

Dans cette chambre, depuis ce lit d’hôpital où je suis, le calme règne également et des murs blancs, de leurs lumières, m’enserrent. Aucun bruit ne me parvient plus. Alors je coupe la tv. Silence total. Seul le bip du respirateur est encore animé. Je jette un œil à la fenêtre : il n’y a pas âme qui vive. Les arbres dans la cour sont recouverts de flocons blancs et le sol, d’où les chênes verts prennent leur envol, est totalement gelé. Tout parait faux, factice, comme dans un film des années 30, un parc à thèmes technicolor. Le vent siffle, on le devine glacial. Les seules traces de civilisations, si on peut dire, gisent sur ma table de nuit. Un vieux journal, blanc cassé, presque gris, sur un plateau de fer blanc. Sur l’objet fait d’acier, également accessible, il y a une photo. Et qui fait naitre en moi un malaise prolongé. J’y reconnais de suite, sourire en bouche, le boucher du marché, photographié par ses soins. Une inscription est gribouillée sur le cliché, ici encore, très certainement de sa main : « Ce n’est pas de ma faute si vous êtes esclave de la viande ! ». C’est fort probable.

                                                                                             

Plus ou moins satisfait, après deux heures de rédaction, relecture, corrections, Paul partit se coucher. Prenant bien soin, au préalable, de ranger son fichier dans un dossier intitulé « La quarantaine » et puis d’éteindre l’ordinateur. Il y reviendrait de toute façon, très prochainement. Sortant d’une grippe carabinée, qui lui avait pris son temps libre, tout son week-end, il comptait bien se rattraper !

Le lendemain, comme d’habitude, il était 8h20, lorsque son bus arriva. L’engin était normalement bondé, totalement noir de monde. Un lundi comme les autres quoi. Pourtant, il dit à Jennifer - sa chouette et jolie compagne, et qui prend toujours le même bus que lui, amenant ensuite leur fille chérie jusqu’à l’école maternelle- qu’il prendrait le prochain.

« C’est à partir de là que tout allait changer, ça lui a pris d’un coup, « comme une envie de pisser », qu’elle résumerait à leurs proches. Aux amis, à la famille, aux journalistes (ben pourquoi pas ! Des fois que ça marche et qu’ils se pointent !). « C’était en fin d’année, fin septembre. A l’approche de l’automne, comme pour conclure l’été. Il faisait encore doux, après de bonnes vacances… ». Récit complet par Jennifer, à paraitre prochainement !

Premier constat, et qu’il ne tarda pas à accueillir comme une première récompense, le bus suivant est presque vide. 230 jours par an, 3450 jours depuis qu’il était salarié pour cette boite il n’avait jamais pris le temps de prendre le Bus de 8h30. Parce que pas le temps, parce que jamais malade, parce qu’être en retard ça ne se fait pas, parce qu’il était en pensées, à son travail, à peine les yeux ouverts. 

Bref, jusque-là il n’avait jamais pensé prendre le bus suivant. Toujours à l’heure, quitte à porter des fringues froissées -ce qui lui arrivait quelque fois-, ses gestes, son rythme étaient rigoureusement perpétué à l’identique et ce chaque jour depuis 15 ans !

Sa surprise fut totale, du coup ! Incroyable le confort de cet autre bus, plus vieux de seulement dix minutes ! Une place assise dans un environnement calme avec une vue agréable, dégagée, sur la ville en mouvement. Voilà qu’il pouvait enfin prendre le temps de l’admirer cette jolie ville (la plus belle du monde à ce qu’on en disait.). Le ciel était bleu azur, le soleil brillait, Paris offrait de jolies rues, sous le meilleur de ses angles, donnant envie de s’y promener. Comme ça, sans but précis et juste pour faire un tour… Il choisit de faire ça. A la station suivante, il desserra sa cravate, et puis sorti du bus, lançant l’objet dans une poubelle.

Voilà ! Qu’il se lança, subitement soulagé. « C’est fait ! ». Toujours en marche, il mesura toutefois les conséquences de ces petits gestes. Dans cinq minutes, en continuant à pieds, il arriverait en retard. La direction le convoquerait. Son seul retard en quinze année, pourtant. On lui opposerait qu’il n’est pas acceptable d’arriver, même cinq minutes plus tard, à cette grande réunion. La plus importante de l’année, et d’une. Et de deux sans sa cravate. Pour cette fois, eu égard à son usuelle ponctualité, il s’en sortirait avec un simple avertissement, mais pour sa prime de fin d’année, blablabla, qu’il ne se fasse pas trop d’illusions. Une croix, qu’il pouvait faire dessus !

Allez ! Chiche ! Même pas grave qu’il dirait ! Il déboutonnait sa chemise à présent, manteau sous le bras. Et continuait de marcher, à son rythme, « à la cool » comme dit souvent Jennifer. Le soleil, amusé de son comportement, pénétra alors ses paupières. Comme pour l’encourager, on aurait dit, pour lui offrir sa chaleur en quelque sorte et son complice assentiment. Comme conforté par l’astre, il sourit comme jamais, tout allait changer autour de lui à partir de maintenant. Dès le lendemain, passé l’avertissement prévu - et obtenu haut la main avec l’exact discours servit, tel qu’il avait imaginé, quasi à la ligne prête - il resterai chez lui.

Sur le marché des ambitions, beaucoup de produits étaient disponibles : gratuits, à vendre ou à troquer. La gloire, la fortune, la reconnaissance, l’amour ou le pouvoir, les buts les plus fréquents. Autant de ressorts rimant souvent avec l’indifférence, la misère, un abandon ou du rejet. Humiliations diverses qui accompagnent très fréquemment de sombres motivations. Lui, n’aspirait plus qu’à faire ce pourquoi il pensait être fait. Sans trop se préoccuper de savoir s’il avait du talent pour ou une quelconque force inconsciente d’ailleurs. Sa mise en quarantaine passée, il espérait en vivre : écrire. Se lever, admirer le point de vue, le temps qu’il fait, un café chaud en main. Puis bientôt s’affairer. Se coller derrière son écran et puis l’emplir de vies, d’errances ou de parcours rectilignes, d’histoires réelles ou inventées. Mettre en lumière le passé et l’avenir. Le sien et ceux des autres. Puis, se tourner vers l’horizon en fin de journée, une bière bien fraiche à la main. Coucher sur du papier, le soleil qui se couche.

Note pour plus tard : Ne pas oublier de passer à la caisse, en fin de mois, pour prendre un chèque, aussi. Comme d’autres le font en vendant de l’air. Comme il le ferait encore dans les jours qui arrivent d’ailleurs... ou pas !

Le réveil sonne. Jennifer est partie au travail déjà, emportant Melody, avec elle. Il stoppe le cri strident de l’appareil horrible. Il n’ira pas travailler aujourd’hui. Une heure plus tard, le téléphone résonne (c’est son employeur, quoi, le représentant des ressources humaines). Au bout de trois sonneries, il se lève, s’étire, baille un grand coup et finit par répondre. Suivrons un… « non », non il n’est pas malade, puis un… « non », il n’a pas à déplorer un décès dans sa famille. Puis une conclusion plus simple : « non », il ne viendra plus au travail, « voilà tout ». Ensuite, il raccroche calmement et déconnecte la prise de l’appareil. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi bien. Allumant son pc, ce jour-là, il reprit son récit. Son personnage se réveillerait dans un lit d’hôpital et comme après la fin du monde.

                                                                                                                                                                                            

La peur au ventre, en relisant la une du quotidien (qui semble un peu daté, vu l’état du papier), j’apprends qu’il pourrait bien neiger. Encore ! Déjà dix jours pourtant que le pays connaissait ce drôle de phénomène : une neige qui tombe continuellement, sur toute la France, en plein milieu du mois de juillet ! Ces neiges inexplicables, cumulées à ce virus qui génèrerait d’aigues douleurs au ventre, créaient bientôt une panique générale ; selon le rédacteur. Un affolement mondial, constitué de micros phénomènes, un peu extravagants, mais qui avaient la vie dure, commençait même à apparaitrait.

Les pays les plus proches, à la manière de dominos, contaminaient leurs voisins. Le mouvement de défense des plantes, cette organisation qui fustigeait les végétariens depuis plusieurs mois, aurait même gagné jusque plusieurs millions d’adhérents sur ces quinze derniers jours. Une conséquence directe. La menthe, l’origan, le basilic et toutes les plantes aromatiques deviendraient bientôt autant d’espèces à sauvegarder. Et si la viande venait à être rayée de la carte et que le froid s’intensifiait, les mangeurs de salade, de fruits et de légumes, hier portés aux nues, à ce rythme, seraient même en danger ! Même constituer un bouquet de fleurs, un acte banal il y a seulement quinze jours, apparaissant déjà, aux yeux des membres les plus zélés, comme un véritable crime. Les fleuristes, « ces assassins, qui font couler la sève pour assouvir de vils besoins », se gardant bien, pour l’heure, de passer trop de commandes. La plupart, devaient surement raser les murs, se contentant pour préserver leur business de liquider leurs stocks, plutôt que de se fournir en éclatantes fleurs fraiches.

Témoin de cet engouement, pour cette mouvance extrême, je déduis rapidement, d’instinct, que dans l’hypothèse où ces neiges diluviennes, comme elles étaient nommées dans le papier, s’éternisaient, il y avait lieu de s’inquiéter. D’autant plus si la viande, comme prédit dans l’article, devenait impropre à la consommation.

L’exode en cours, des villes vers les campagnes, n’était cependant pas encore évoqué. Le quotidien datait. D’une bonne dizaine de jours. J’en pris conscience un peu plus tard. En trainant dans l’hôpital déserté, puis arrivant à l’accueil, encore une fois via la télé. Le journaliste, comme on dresse le bilan d’un président en fin de mandat, faisait un point peu reluisant sur la situation. Partout en Europe, et dans plusieurs régions du monde, la viande était officiellement déclarée comme désormais non comestible. Les plantes, quant à elles, devenaient des espèces protégées dans un bon nombre de pays. Seul subsistait pour se nourrir : Le riz et les pommes de terre. Les pâtes et le poisson. Les uns parce qu’en quantité suffisante jusqu’à nouvel ordre. Le poisson parce qu’encore accessible. Problème, à terme, signalé lui aussi : Les rivières et les lacs, les mers, étaient de plus en plus inaccessibles, car trop glacées en surfaces, avec un froid s’intensifiant. L’accès à cet ultime source de vie (les poissons y évoluant encore en nombre) profitant aux négociants, plus ou moins légitimes, - et qui allaient des conducteurs d’engins du bâtiment jusqu’aux pécheurs de métiers.

Depuis combien de temps avais-je dormi ? Il me semblait que la situation actuelle - que l’on pourrait pour le moins comparer aux pires films catastrophes qui prennent plaisir à restituer toutes sortes d’ambiances post-apocalyptique- ne pouvait être réelle. Je soupçonnais même m’être réveillé comme dans un rêve qui tourne mal. J’étais surement en train de dormir ! Pour bientôt ! Mes jambes flageolantes, comme coupées d’un coup sec, me lâchèrent. Me renvoyant, dans cet état de confusion profonde, désormais familier et qui précède l’endormissement non consenti. Toujours très faible, je m’assoupis d’un trait, sur cette banquette de couleur rouge, un peu cradoque. Une seule idée en tête en l’état : Fuir. Dormir. Fuir cet endroit.

                                                                                              Paul avait plutôt bien réussi sa vie jusque-là, avant de commettre ce double « écart ». Dans le monde faussement décontracté de son travail, il s’y était imposé comme on dit. Mais depuis sa soudaine lubie, en seulement 36h, toute sa famille lui faisait la tête. Et depuis maintenant presque deux jours, durant lesquels il ne reparu pas à son travail, sa compagne ne lui adressait plus la parole et sa petite fille (4 ans et demi), pratiquement plus. Plus par mimétisme que par conviction, pour cette dernière. Appelons le truc comme vous voulez : Le syndrome de Stockholm, réponse 1. Le syndrome de Raiponce, réponse 2. Il déprimait sec, du coup. Mais il lui fallait continuer ! Aller au bout ! Dans la cuisine, où il s’était installé pour continuer la rédaction de sa nouvelle, sur une belle table années 60 (en formica bicolore, rouge et jaune) une caisse de blanc lui faisait de l’œil. Trois, quatre godets plus tard, il achèverait sa petite histoire.

Les parois intérieures de son estomac le brulaient. Un genre de bain d’acide l’envahissait au moindre mouvement, suffisamment doux pour ne pas filer tout droit à l’hôpital, suffisamment fort pour qu’il envisage de commencer d’écrire un mini testament. L’effet du vin blanc de la veille. Son ventre, bombé, abritait l’équivalent d’un litre de bière au quotidien mais ce matin, il saturait. La journée serait donc placée sous le signe du raisonnable. Manger intelligemment, se mouvoir avec parcimonie, boire beaucoup d’eau et éviter les risques. Les risques de déplacements, de digestions et de contacts surtout. Loin de lui la conquête de l’espace pour la journée. Des bains de foule chez Darty, jusqu’au fast-food du coin. Quoique, deux hamburgers et une grande frite plus tard il se sentirait certainement mieux. Il n’irait pas bosser en tout cas. Ça génèrerait trop d’ennuis, en plus d’être dur à surmonter. 

Son ventre criait, on entendait comme si un loup-garou était coincé à l’intérieur.  

Pourquoi s’était-il mit dans cet état déjà ? Ah, si. Rien ne fonctionnait plus. Tout ce qu’il avait pu dire ou faire ne servait plus à rien. Alors que jamais il ne s’était senti aussi efficace, conscient des choses, des gens, de la meilleure manière qu’il fallait pour s’y prendre. Il s’était bien loupé et c’est tout, il avait « chié dans la colle », comme elles avaient dit en cœur, deux ou trois fois. Puis elles étaient parties, claquant la porte et tout. Lorsqu’on se loupe, et une seule fois suffit en général, on en devient fantomatique. Casper, le fantôme, c’était lui désormais.

Il pourrait encore neiger, comme durant son délire en cours, il s’en ficherait éperdument. Demain, en meilleure forme, serait un autre jour. Le tout premier d’une longue série.

                                                                                             

Bientôt, au loin, dans un semi coma, je percevrais des sons. Bibibibip, bibibibip… comme une alarme standard. Bientôt plus fort que mes pensées, ces petites voix intérieures, que tous et toutes nous écoutons et qui guident les plus sourds, les plus fous, les aveuglent, me sortit du sommeil.

Je me redresse, du coup. D’un bond ! Dans le salon, la télé, à mon grand étonnement, diffuse un téléfilm, un truc bruyant, très esthétique, mais infestés de zombies. Je suis très étonné du fait, certains d’avoir éteint. Mon canapé est plein de sueurs, de sang et puis ça sent… partout. Le renfermé, le vomit et d’autres odeurs indescriptibles. Fort « henreusement » je n’ai plus mal du tout. Les filles se moquent de moi lorsque je dis « henreusement », mais je n’arrive pas à me défaire de cette curieuse habitude. Elle me manque les nénettes.  L’horrible douleur a disparue et elles n’auront pas eu à subir mes plaintes à leur retour. Jamais je n’ai été aussi content d’entendre ce maudit réveil, que j’éclate d’un coup de poing, au passage… sans même le faire exprès !  Mon nez me gratte ceci-dit. Et j’en extrait, sans trop de gêne, un genre d’ovni extraordinaire. D’un noir luisant sur mon doigt blanc, l’engin m’évoque un gros raisin spatial. J’ai certainement besoin de sommeil, encore. La veille déjà, en me mouchant, avant que la fièvre ne monte, ne m’envahisse totalement, pointait une autre métaphore - culinaire elle aussi- et qui faisait des morves, du Flanby à foison !

L’appétit devrait bientôt revenir ceci dit, je le sens. Et cette migraine, cette mauvaise grippe, disparaitrai. Croisant mes doigts souillés, je n’aspirais qu’à ça. Une fin de recevoir à l’encontre de ces miasmes. Un retour d’appétit, qu’il faudrait vite combler !

                                                                                             

Le fait de ne plus avoir de fièvre, de ne plus souffrir, le rassurait déjà. Et Samantha, tout comme charlotte, étaient rentrées à la maison. Plus aucun doute, l’apocalypse s’évanouissait. 

Samantha approcha puis apposa sur son front, avec douceur, un gant mouillé un peu d’eau chaude. Elle caressa sa joue.

- Tu nous as fait peur tu sais. Content de te voir revenir. A nouveau parmi nous !      

- Qu’est ce qui s’est passé ?

- Tu as été victime d’une intoxication alimentaire, doublée d’une drôle de grippe. C’est le poisson ingéré vendredi qui en est la cause, accompagné d’un tofu, probablement avarié. Heureusement que personne d’autres n’en a mangé en dehors de toi ! Les filles vont bien. (Dans les filles, je précise, elle comptait le chat !)   

La radio, en fond sonore, diffusait son message. Le directeur de l’antenne en personne, le bien nommé Monsieur Kata, signalait que de nombreux cas d’empoisonnements liés aux poissons, pas assez frais ces derniers temps, avaient été recensés. La perforation des glaces, effectuée par quelques amateurs qui sévissaient sur le marché parallèle, avaient contaminée les rares espèces qui en sous-sol, en région parisienne, s’aventuraient encore. Les herbes aromatiques, protégées du froid avec certains produits toxiques, pouvaient tout autant entrainer de fort fâcheux désagréments : une sorte de grippe, plutôt sévère. Il fallait se méfier. Stéphane tout doucement se remit debout, avec quelques difficultés. Son chat, collé à lui jusque-là, produisant comme un léger bruit de moteur, fit un saut vers le sol, majestueusement Legé, en épousant sa démarche. La table était dressée. Des pommes de terre et du coca. Charlotte, quant à elle, jouait, déguisée en indienne, et rampant à quatre pattes, couteau de plastoc -coincé dans ses dents de lait- en bouche. 

S’aventurant à poser la question, après quelques hésitations, je marchais, avec peine, en direction de la fenêtre.

- Il reste encore du vin ?   

Samantha, immédiatement inquiète, lui sembla étonnée, choquée même. Avec ce visage différent, elle lui parut comme si c’était une étrangère.

 - Du vin ? Tu plaisantes ? Allons, allons, ça fait longtemps que c’est interdit. Et seuls les gens richissimes, au marché parallèle, ou en bonnes places au gouvernement, osent encore s’en offrir. Stéphane, tu devrais te reposer encore je crois. 

La radio, dans toute la pièce, raisonnait à nouveau. « Nous sommes le 15 Juillet 2017, il est 12h. La température extérieure est de -3°. A suivre, l’actualité du MPP. Encore beaucoup de féculents sont disponibles et sains, le gouvernement s’est de plus engagé à réchauffer ce qui peut l’être… ».

Jetant un regard à la fenêtre il vit qu’il neigeait fort. Plus que jamais. Dehors, tout scintillait. Puis le bruit incessant des grêlons, frappant le zinc de la toiture, se fit plus menaçant. Il commençait à comprendre ce qu’il s’était passé. Un refroidissement climatique d’une violence rare, qui avait pris tout le monde de court. Leurs belles années prenaient fin, sans doute. Il se souvint alors, sans trop savoir pourquoi, la présence de la radio peut être, de ces singles des années 80 dont il se moquait parfois, lorsqu’il était plus jeune. Celui des Bangles, par exemple, qu’il traduisait par « l’éternelle flemme » pour rigoler au lycée. Puis, il ferma les yeux, comme pour partir rêver. Reprendre un peu le contrôle.




Maintenant, si on le lui demandait, il les lancerait au bout du monde les sons de ces singles d’hier et plongés dans l’oubli : « Cruel Summer » des Bananarama, par exemple. Depuis son émetteur, d’une radio surpuissante, il en arroserait toute la région, inondant de ce titre autant sa bagnole moche que celles des autres ! Elles pouvaient bien se plaindre (Jennifer, grizzli, Melody et les voitures autour), il la jouerait en boucle cette chanson, d’un bout à l’autre de l’autoroute, depuis sa triste et froide région jusqu’aux chaleurs les plus estivales. Parfums de glaces vanilles, mers chaudes où les vents sifflent. Ils iraient bientôt les rejoindre tous ces lieux agréables, tous ces possible et sans efforts. Accompagnés de ces vieux sons et du soleil californien.


Paul Boomann

(Novembre 2016)

jeudi 1 novembre 2018

Parcours d'un gamer-redacteur : le livre est de sortie !


Et voilà !

C'est parti... ! 10 ans d'écrits parus en presse sur le jeu vidéo retro compilé ici accompagnés de nombreux textes inédits  




M



Merci ! => https://www.amazon.fr/Parcours-dun-gamer-r…/…/ref=sr_1_sc_1…




Si le livre fonctionne un minimum, il se pourrait qu'un second sorte (et 100 % dédié au blog d'hier !)

Alors à bientôt !

VinZ

jeudi 27 juillet 2017

« Rise of the Tomb Raider » - (L'avis du blog) avec en Guest : Alexandre Serel ! (L'Histoire de Tomb Raider chez Pix n Love)


Non, l’épisode « Rise of the Tomb Raider » n’est pas bon !

La dernière aventure de Lara Croft en date, que fort heureusement je viens tout juste de découvrir pour une somme modique (pas au prix fort de sa sortie, donc ; ce malgré l'écho très positif de l'époque) est en effet un peu raté !

Un : le scénario n’est pas crédible. Les personnages qui peuplent le récit y sont vêtus et vivent comme au moyen âge. Quant à la quête mystique... Deux : l’environnement, qui se veut plus ouvert, est en réalité clos comme jamais. L’impression d’évoluer dans un bac à sable n’est décidemment pas adapté à notre globetrotteuse préférée – l’opus a cependant le mérite de confirmer la chose. En trois, les graphismes, (meme s'ils sont beaux) sont très en deçà de ce à quoi l'univers où la plus des Miss nous avait habitué. Pas de moment mémorable ici ou alors si à la toute fin… une phase avec les catapultes suivi d’une escalade rythmée -de violence et d’obstacle- pour atteindre le sommet de la montagne et du jeu ! J'ajoute, à ce propos, que l'amateur de destinations variées que je suis passe ici encore son chemin. Après une très brève apparition dans le désert Lara ne sera plus entourée que d'une neige sibérienne.

Bref ! Rapidement j’ai sombré dans un ennui pétris d’incrédulité que seul mes réflexes zombifères de vies antérieures passées à contrôler Lara m’ont permis de juguler ! En une (longue) phrase comme en cent (courtes), disons que seul les nouveaux mécanismes du jeux – apparus dans les deux épisodes précédents (et qui avaient rendus leurs sourires aux fans de la première heure) y sont toujours efficaces. Que nous offrira la prochaine-prochaine suite ? Qui en voudra, l’aura ! Pour ma part, j'attends encore Lara ...

VinZ

Post scriptum :

J’ai tellement été déçu par ce nouveau Tomb Raider que j’en ai contacté Alexandre Serel (Auteur de « L’Histoire de Tomb Raider » paru chez Pix n Love) ce pour savoir si je n’avais loupé quelque chose ou si je ne devenais pas tout simplement un vieux grincheux ! Alexandre a gentiment accepté de répondre sur le blog et m'a meme conforté dans mes impressions ! Je suis vieux ? Et bien non ! ^^


Voici, d’ailleurs ci-après, son avis détaillé :

Après avoir fini Tomb Raider 2013, j’avais noté quelques défauts. Un scénario pauvre, des personnages secondaires insipides, une ambiance premier degré assez insupportable… Mais aussi des qualités. Des décors magnifiques et inspirés, la modélisation de Lara très réussie et une bande-son correcte, surtout le thème principal. J’aurais juste aimé avoir affaire à une sorte de petit open-world qu’à une immense ligne droite déguisée.

Un comble quand-même. À l’origine, Tomb Raider est un jeu d’exploration.Sachant que c’était un reboot, Crystal Dynamics avait le droit à une marge d’erreur pour rectifier le tir par la suite.

Et mon dieu, Rise of the Tomb Raider est arrivé.

Jamais je ne changerai d’avis sur l’exclu temporaire Xbox. C’était une énorme bêtise. Une monumentale bêtise. Mais continuons.
J’ai trouvé Crystal Dynamics à bout de souffle sur ROTTR, en panne d’inspiration… Mais comment est-ce possible de n’avoir plus rien de neuf à proposer sur ce qui est seulement le deuxième épisode d’une trilogie ? C’est à se demander s’ils n’avaient pas tout donné sur Tomb Raider 2013.

En finissant Rise of The Tomb Raider, il m’est apparu beaucoup de questions.

Que dire des décors insipides ? Des situations de jeux reprises du reboot, déjà elles-mêmes bien pompées sur la concurrence ? De l’intelligence artificielle chancelante ? Du rythme de jeu complètement à la ramasse ? Doit-on vraiment aborder le scénario qui est d’une bêtise navrante ? Du final médiocre au possible ?

Un paquet de fans de la série m’ont posé des questions sur Rise of The Tomb Raider. J’ai maintenant au moins une réponse à proposer à défaut de détenir la vérité.

Rien ne sert de s’époumoner.



De tout cela, il n’y a malheureusement rien à dire. Crystal Dynamics est dans la norme des productions actuelles, c’est à dire des jeux sans attraits qui évoquent plus le travail d’un tâcheron que d’artistes. Avec cette course à la technologie qui fait exploser les coûts de production, la moindre sortie de route n’est plus permise. Il faut faire des titres qui plaisent aux plus grands nombres pour être rentable, quitte à priver un jeu-vidéo de l’essentiel : son âme.

Vous voulez jouer à un bon Tomb Raider ? Jouez à Lara Croft Go sur smartphone. Déjà, c’est l’un des meilleurs jeux mobiles qui puisse exister, mais c’est aussi un "vrai "Tomb Raider.

Ce qui, par les temps qui courent, n’est pas si mal.

Alexandre Serel

jeudi 3 mars 2016

GAMES HISTORY IV: L'Histoire des Jeux de Plates-formes.


Sorti le 25 JANVIER dernier, le volume IV de la collection GAMES HISTORY semble déjà faire l'unanimité ! Les quelques lecteurs -qu'ils soient ou non d'Hannibal - qui s'y sont essayés en sont fiers et contents !

Lisez plutôt :

CULTURELLEMENT VOTRE: « Il suffit de lire une double page pour comprendre que les rédacteurs ont le background nécessaire pour parler du sujet, mais aussi qu’ils sont atteints d’une passion communicative. Ce mariage donne au lecteur, de retrouver le feeling qu’il avait en lisant les mensuel d’antan. Pas spécialement pour le contenu, beaucoup plus complet et pour cause, mais pour l’alchimie qui se forme, poussant au Graal des écrivains : l’envie de lire la « page d’après ».

GAMEBLOG (Blog World of Olive) : « Plus de 300 pages, une belle couverture cartonnée avec dorures et un très joli papier, ce tome est vraiment un bel objet dont toute l'équipe peut être fière. Pour avoir participé au Tome 3 (sur les jeux de course, vous vous en doutez), je sais à quel point ce genre de réalisation est une aventure, et on peut dire qu'avec ce livre, ils tiennent probablement le meilleur de la série. Félicitations. ».

BRAZIL 3.0 : « De la préhistoire (Donkey Kong & co), en passant par une sélection de consoles, un tour d’horizon bien foutu de la galaxie Mario, de son challenger Sonic, puis de différents Serial Platformers, mascottes, héros et anti-héros, sans oublier bien entendu les sempiternelles licences. Les plus du bouquin : ultra-documenté, ultra-pointu-mais-pas-chiant, bref aussi passionnant que le fruit de passionnés, comme le prouve définitivement un dernier chapitre consacré aux coups de cœur de la rédaction. »

LE SERPENT RETROGAMER :  « Game History IV – Histoire du jeu de Plates-Formes sent bon le papier et le pixel et parlera tant à ceux qui s’intéressent à l’histoire du jeu vidéo qu’aux amateurs du genres, un ouvrage que se lit, se consulte, se feuillette, et a sa place dans toute bibliothèque de gamer! ».

GREEN HILL MEMORIES (Chaine YouTube): « Le quatrième tome de Games History  ambitionne de lister si ce n'est l'intégralité des jeux de plates-formes, en tout cas une large sélection, avec des titres connus de tous et d'autres beaucoup moins. Le genre plates-formes étant un de mes préférés, je ne pouvais évidemment pas passer à côté. Un livre à la fois agréable à lire de par ses nombreuses illustrations mais aussi via un contenu rédactionnel digne de ce nom.».

Alors, à quand votre tour ? Pour vous donnez envie, voici pour commencer, un échantillon inédit sur TOKI...


... auquel je rajoute deux interviews du rédacteur en chef de l'ouvrage (Yacine Djebili) l'une sur le site Culture Games, l'autre sur le site Retrotaku.

Vers la boutique de l'éditeur => GAMES HISTORY IV


VinZ 

vendredi 12 février 2016

Une nuit dans un Capsule Hotel à Tôkyô par Florent Gorges


Bosser en tant que correspondant pour le magazine Japan Vibes n'est pas toujours une sinécure. Il arrive parfois qu'une interview se décide à la dernière seconde et que le rédacteur en chef vous demande de faire 300 kilomètres dans le Japon dans l'heure qui suit ! Ma mission, si je l'acceptais, était donc de quitter ma jolie ville de Niigata pour m’entretenir avec une personnalité du manga assez tard dans la soirée à Tôkyô ! L'heure à laquelle l'interview avait été programmée m'empêchait de rentrer dans ma belle province le soir même. Je demandais alors au rédacteur en chef: « Super et je fais comment ce soir, moi ? »Sa réponse fut pour le moins inattendue: « Ben écoute, le mag n'est pas très riche alors pourquoi ne pas crécher dans un Capsule Hotel ?»... Hein ? Ok, très bien chef! Vos désirs sont désordre… Va pour le Capsule Hôtel!

Un jeudi soir de début mars, 20h30 :
L'interview pour Japan Vibes s'est bien terminée, mais il est trop tard pour rentrer dans ma province encore enneigée. Le maigre pécule qui m'a été attribué ne me laisse aucune alternative : c'est le Capsule Hotel ou la rue...
Comme son nom l'indique, un « Capsule Hotel » est un hôtel minuscule. Il convient de préciser tout de même que ce n'est pas le bâtiment en lui-même qui est minuscule mais les chambres. Peut-on cependant parler de « chambres » ? Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser d’autres vocables tels que « cabines », « ruches » ou encore… « tombeaux » ?
À chacun son vocabulaire certes, mais en ce qui me concerne, si la perspective de m'adonner à cette expérience me rebutait dans un premier temps, je dois bien avouer qu'au fil des heures, ce sentiment s'est transformé en une sorte de joie et d'impatience incontrôlables. Je demande alors conseil au premier Tokyoïte croisé sur mon chemin. Il s'agit d'un salary man. Il me répond sans l'ombre d'une hésitation :
« Vous trouverez des Capsule Hotels à proximité de toutes les gares de la Yamanote-sen, mais je vous conseille la gare de Shimbashi. C’est là qu’on en trouve le plus… »
La Yamanote-sen, pour l’anecdote, c'est la ligne de train qui circule en boucle et relie tous les grands axes du centre de la capitale nippone.
21h00 :
Une fois arrivé en gare de Shimbashi, je cherche parmi les milliers de néons ceux qui me permettront de passer une nuit au chaud. Bingo! Il y a au moins trois Capsule Hotels dans la même rue !
Je choisis donc le premier, qui me semble le plus chic. Il faut dire que la publicité vendant ses mérites est aguicheuse: « Notre établissement vous propose de passer une nuit dans une ambiance provençale ! ».
« Provençale? Comme le Ratatouille Burger des Mac Do japonais ? » pensais-je avec un certain cynisme (voir Japan Vibes #8) .
 Qu’importe, il fait froid dehors, je pénètre à l’intérieur. Les prix détaillés sont affichés à la réception : 4000 yens la nuit... C'est plus onéreux que je ne l'avais imaginé ! On m'avait plutôt parlé de tarifs avoisinant les 2500-3000 yens...
 Je me console cependant en imaginant ma cabine diffusant des senteurs de lavande, un distributeur automatique de soupe bouillabaisse et un réveil composé des plus jolis bruits de la garrigue...
 Je paie d'avance et le réceptionniste me remet une petite clé pour ouvrir et fermer le casier qui me permettra de ranger mes effets personnels. Ma « chambre » est le tombeau numéro 203... En déposant mes affaires de valeur dans mon casier, je remarque qu'un pyjama, qu'une serviette de bain, que des sandales légères ainsi qu'un petit kit de toilette m'attendent. Ça fait plaisir ! Surtout que dans la précipitation du départ, je réalise que j'ai oublié ma brosse à dents.
 Je monte à l'étage et en arrivant, quelle surprise ! Je découvre une pièce grande comme ma chambre française mais dans laquelle une infrastructure digne de nos amies les abeilles permet de loger au bas mot une dizaine de personnes !

Je m'y attendais, certes, mais ça fait toujours un choc lorsque vous n’êtes habitué qu’aux hôtels 5 étoiles (c'est pas vrai non plus, mais bon...).

Ma cabine, 100% plastique, n'est en réalité composée que d’un matelas de 10 cm d'épaisseur, d’une couverture épaisse et de draps propres. Tout cela n'a absolument rien de provençal mais allez savoir pourquoi, je m'y attendais un peu (l'expérience du ratatouille burger, a fait de moi un expert de la « Provence » au Japon).
 Au niveau des équipements, ça donne à peu près ça : un renfoncement sur l'une des parois de ma suite royale me sert de table de nuit. Un tableau de bord futuriste me permet aussi de contrôler la climatisation, la lumière, la radio, le réveil ainsi que la télévision !
On se croirait dans un lit de la fusée de Tintin, mais sans les poils de Milou.

Les dimensions de la cabine ? Eh bien je ne vous surprendrai pas en vous annonçant que Shaquile O'neal y verrait certainement quelque chose à redire, puisque que ma paillasse ne mesure que 200 cm de long sur 95 cm de large.
À côté de cette pièce abritant la grande ruche, on trouve aussi une salle de douche ainsi que des cabines de toilettes. Également à la disposition immédiate des clients, quelques distributeurs automatiques proposant pléthore de boissons ainsi que moult soupes de nouilles instantanées... Et ma bouillabaisse ??? Niet! Dans tes rêves la bouillabaisse!
22h00 :
En dépit de ma déception, je sors de l'hôtel, ma facture et la clé de mon casier en poche (la facture sert à prouver que je suis client). Tant d'émotions m'ont décidemment creusé l'appétit. Ça tombe bien, de nombreuses échoppes proposant sushis, ramen, riz au curry et autres hamburgers égayent la rue. J'évite le Mac Do et ses sandwichs bullshit et j’opte finalement pour un bon bol de ramen.
22h30 :
 J’ai bien dîné. Je passe au combini pour m’acheter un paquet de biscuits, du jus de pomme et je décide de retourner dans ma cage. Il n'y a aucun client dans les autres placards humains. J'en profite donc pour prendre ma douche et enfiler le pyjama de l’établissement. Une fois installé dans mon suppositoire géant, je ferme le rideau d'entrée et décide de regarder la télé. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il faut que je vous avoue une chose : je commence à bien aimer le Capsule Hotel.
Pourquoi? La hauteur de la cabine permet finalement à quiconque faisant moins d'1,90 m de s'adosser aisément contre les parois. Et j’ai un peu l’impression de réaliser un vieux rêve de gosse ! Qui n'a jamais souhaité, enfant, de vivre dans une cabane, à l'abris de tous les regards et des obligations scolaires ? Une cachette dans laquelle on serait libre de s'empiffrer de coca, de chocolat tout en regardant la télé à volonté ? Je vous rappelle que la clim’, la lumière, le son, l'image et les chaînes sont contrôlées par un tableau de bord « futuriste ». Bref, je suis retombé en enfance et ici, tout est enfin permis (dans d'étroites proportions, il est vrai...) ! Voilà, le Capsule Hotel, c'est exactement ça!
 Affalé comme une larve et buvant mon jus de pomme, je mate la télé... C'est le pied !
23h00 :
Malheureusement, je n'en fini plus de zapper. Il n'y a rien d'intéressant. Sur une chaîne, une idole, aussi jolie que ridicule chantonne un air à 2 yens (ce qui ne fait pas beaucoup). Et sur la NHK, on y parle de la formation des atomes dans l'océan Indien... Bref, j'éteins le petit écran et sors un manga de mon sac... Le panard, je vous dis, le panard! Je reprends un peu de jus de pomme, je suis heureux.
00h20 :
Je suis raide mort (le hasard faisant bien les choses, je suis déjà dans le cercueil), j'éteins la lumière et je laisse Morphée me prendre dans ses bras... (la pauvre n'a pas beaucoup de place...). Je m’endors aussi facilement qu’un gros bébé.

01h00 :
Un vacarme pas possible me tire de mon sommeil et de mes rêves de soupe au poisson. Des salary men éméchés déboulent en trombe dans leurs cabines... J’essaie de reprendre mes esprits et je comprends que l'heure des derniers trains est derrière nous. Plutôt que de coucher dehors, les hommes d’affaires nippons préfèrent légitimement passer la nuit dans ce genre d'établissements. J'ai cependant du mal à me rendormir. En effet, difficile de trouver la paix intérieure et extérieure entre le bruit de la douche, de la machine à distribuer les boissons qui fait un bruit assourdissant à chaque fois qu'une canette tombe et le type du dessus qui se dispute à tout rompre avec sa femme au téléphone (d'après ce que j'ai compris, il aurait dû rentrer chez lui vers 21h00, mais cela ne nous regarde pas...).
02h00 :
Enfin, tout notre petit monde semble enfin disposé à roupiller. Je peux enfin me rendormir...
02h30 :
Mon voisin habitant le tombeau de gauche tousse comme un phoque. Une bronchite du tonnerre secoue le pauvre homme et fait trembler toute la ruche... Il réveille tout le monde ! Tout le monde? Non, pas mon comparse de droite qui ronfle comme un éléphant heureux. Jamais je n'aurais cru qu'on puisse ronfler à ce point sans se réveiller soi-même...
Toutes ces nuisances et ces désagréments me mettent un peu mal à l’aise et me font subitement prendre conscience d’un fait horrible ! Et si, subitement, un énorme séisme venait secouer Tôkyô??? Serais-je condamné à mourir écrasé comme une fourmi, entouré d'un futur divorcé, d'un ronfleur professionnel et d'un salary man avec la gorge en feu ? Et dire que j'avais rêvé de mourir dans un grand lit de satin, entouré par 12 nymphettes dénudées ! Merci Japan Vibes !
02h45 :
Finalement, après avoir été le témoin auditif du pet magistral du client du dessus, je parviens à trouver le repos. J'ai réussi à me persuader que même dans un 5 étoiles, rien ne garantissait que je n’allais pas mourir écrasé par un gigantesque lustre en cristal suspendu au dessus de mon triple bed.
05h30 :
Et c'est reparti! Un énième boucan infernal m'oblige à interrompre derechef ma nuit. Eh oui, c'est l'heure des premiers trains... Les salary men se lèvent bruyamment pour retourner au boulot ou bien aller chercher le bentô que leur femme leur a préparé...
En 20 minutes, tout le troupeau est sorti et je me retrouve seul dans la ruche. Enfin, c'est ce que je croyais, car un nouveau pet monstrueux du type d'au-dessus me prouve le contraire... Tout va bien, le plastique a beau laisser passer les sons, les odeurs restent uniquement chez leurs propriétaires... Je me rendors l'esprit et les narines tranquilles.
09h30 : Le réveil automatique du tableau de bord retentit. Il s'agit d'une sonnerie tout à fait quelconque. Là encore, rien à voir avec les cigales de notre chère Provence. Je me lève et sors de ma cabine. Je dois avoir quitté la fourmilière dans 30 minutes. Après une douche rapide bien méritée, je m’habille et récupère mes affaires personnelles dans mon casier.
10h00 :
Je passe par la réception. Le réceptionniste, frais comme un gardon (pensez, il a dormi chez lui, lui !) me salue respectueusement. Il me demande même: « Avez-vous passé une bonne nuit ? ». Gentleman, je lui réponds à la japonaise: « Oh oui, excellente ! Je reviendrai ! ».
Visiblement satisfait, il me souhaite une bonne journée. Je quitte la Provence pour revenir à Tôkyô. Une fois dans mon bus longs trajets, je repense à toute cette expérience. Une idée me vient même à l'esprit. Pourquoi ne pas rédiger un article pour Japan Vibes afin d’en faire profiter tout le monde ?

Conclusion :
En guise de conclusion : pesons le pour et le contre.
Si vous souhaitez vous amuser comme un gosse dans sa cabane ou si vous avez toujours rêvé de passer la nuit dans une ruche, alors le Capsule Hotel est fait pour vous. Si vous désirez vous créer un souvenir insolite et que vous êtes insensible aux différents bruits que le corps humain est capable de produire, alors n'hésitez pas. Vous allez adorer !
Le prix m'a semblé un chouia abusif par rapport au quotient repos récupéré mais je n'ai manqué de rien. J'ai même pour l'occasion récupéré une brosse à dents toute neuve !
Mesdames et mesdemoiselles, ne soyez pas jalouses, un étage réservé aux femmes et interdit d’accès aux hommes sera aussi à votre disposition. À mon avis, les nuisances sonores seront certainement moins intenses (quoique ça reste encore à prouver...). . Vous devriez donc trouver plus facilement le sommeil que nous, les hommes (y'a pas de quoi être fier...).
En revanche, sachez que ce genre d'établissements n'est pas fait pour ceux qui souhaitent passer une nuit tranquille. Il s’agit sincèrement d’un service de dépannage et tout a été pensé pour les salary men ayant loupé leur dernier train.
Et enfin, dernier conseil à tous les lecteurs qui vouent un culte à la région de Marcel Pagnol ou à ceux qui détestent être réveillés toutes les demi-heures : trouvez-vous une autre niche !

Photos et textes:
Florent Gorges
(Mars 2004)