mardi 20 octobre 2015

Sujet, verbe, compliments: L'Histoire des jeux vidéo polémiques (de Benjamin Berget)


Avant-propos...
Cet article a pour objet de décrire ce que l’on trouve dans le volume 2 de l’Histoire des jeux polémiques. Il a été réalisé (après lecture de l’ouvrage) et à la suite d’une ITW de Benjamin Berget -son auteur- qui a gentiment accepté de répondre à mes interrogations sur la conception de sa trilogie.
Benjamin vient tout juste de sortir une biographie sur YU SUZUKI (aux éditions Geeks-line) - mythique game designer à qui l’on doit des hits intemporels en arcade tels que Space Harrier, After burner, Hang on ou Out run. Il travaille actuellement à la rédaction du troisième et dernier volume de l’histoire des Jeux vidéo polémiques.  
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Le contexte…

En France, l’offre en livres traitant du jeu vidéo est particulièrement dense. L’étude historico-ludique est à la mode et accompagne, depuis un peu plus de dix ans maintenant, un engouement exponentiel pour les jeux vidéo anciens. Ces derniers sont de plus en plus traqués, dès l’aurore, en brocante, et certaines pièces sont exposées au grand palais ! Les journalistes et animateurs qui font et défont cette nouvelle tendance -dite du retro gaming- jeunes et vieux, confirmés ou émergeants, y vont tous de leur bios, mooks ou DVD ou créent leurs boites d’éditions ; alors que les magazines papiers refont surfaces et que les blogs de joueurs se multiplient. Tout le monde youtube tout le monde autour de ses souvenirs de joueurs qu’ils soient trentenaires ou d’une semaine. Il y a indéniablement dans cette abondance de lectures du bon mais une menace commence à poindre : certains thèmes et sujets ont tendances à revenir. Mario, Sonic, ZELDA, Final fantasy, la grande et les petites histoires du jeu vidéo font déjà l’objet de plusieurs publications, de qualités variables, dans des approches très similaires. Les « bibles » sur les anciennes consoles ressortes, avec un contenu augmenté, en version intégrale, les anthologies se muent en encyclopédies. On commence à se rapprocher de cette période du business musical où sortaient les BEST OF, VERY BEST OF et ULTIMATE OF période durant laquelle se vendait, jusqu’à l’indigestion, pratiquement la même chose. Heureusement, le jeu vidéo n’a pas encore tout dit et c'est ce que tant à prouver le livre abordé ici. Ce dernier nous parle de jeux vidéo qui dérangent, et ayant même créés, d’un rien ou à raison, de véritables polémiques -les jeux d’horreurs et de tortures pour ce volume.

L’objet aborde du coup des titres qui se font habituellement tout petits, presque honteux - trop éloignés qu'ils sont des grands classiques ou de leurs clones poilus dans les ouvrages de références. Les thématiques qui se dégagent de ces titres à scandales sont abordés surtout, analyses des faits à l’appui et les mécanismes enclins à engendrer une polémique en ressortent démasqués. Bien entendu, la trame du livre et l'approche des titres empruntent beaucoup à ses modèles, en reprenant fatalement beaucoup d'évènements déjà traités dans d'autres livres (du krach du jeu vidéo de 1983, jusqu'au Paris Games Week qui a mal tourné mal  avec Call of Duty). On ne refait pas l’histoire !  Tous les softs traités dans cette trilogie sont abordés en cinq parties : il y a le pitch du jeu, son fonctionnement, son développement (pour la partie réservée aux anecdotes si chers aux passionnés) et enfin la polémique et l’analyse de cette dernière -les grands plus du bouquin! 

La genèse…

L’histoire des jeux vidéo polémiques a commencé pour son auteur en 2010. Et bien qu’il n’y a à ce moment qu’un seul éditeur spécialisé et de référence sur la Playhistoire (terme d’ailleurs inventé par ses fondateurs), Benjamin Berget semble déjà anticiper la nécessité d’écrire un livre original. PIX N LOVE refuse toutefois le livre -qui, à leur décharge, n’en est qu’au stade du plan et propose une structure quelque peu décousue. Il est intéressant de noter d’ailleurs que depuis Benjamin travail pour le mook des pix men - sa persévérance et la qualité de son travail a donc fini par triompher de l’exigence de l’éditeur.    
 
En 2011, l’année suivant, de nouveaux éditeurs commencent à émerger sur le secteur du retro gaming et, depuis, Benjamin a écrit le premier volume de sa trilogie. L’ouvrage trouve enfin ses premiers fans : les éditions consoles syndromes. Malheureusement, la toute jeune maison d’édition subit un flop retentissant avec sa publication dédiée aux jeux indés dématérialisés et doit stopper les rotatives. En 2012, le sort s’acharne, c’est au tour des éditions PK de passer son tour pour publier le volume 1 des « polémiques » suite à des ventes insuffisantes du volume trois de GAMES HISTORY ; plus risqué que les deux volumes précédents et qui peinent à démarrer. C’est finalement via « Mon petit éditeur », en 2013, dans la catégorie Essai que le premier livre de l’histoire des jeux vidéo polémiques voit le jour : Jeux de course / action et jeux érotique. Il s’en vendra plusieurs centaines, de quoi financer ce second opus.      
L’histoire des jeux vidéo polémiques volume 2…

 
 
Quatorze titres (sept par genre) sont traités dans ce volume : Chiller, Takeshi’s Challenge, Night Trap, Mortal Kombat (un jeu emblématique dans l’ambivalence qu’il peut y avoir entre l’interdiction d’un produit et la multiplication de ses ventes. Mais aussi un jeu auquel l’auteur est très attaché pour y avoir joué étant jeune) et enfin Manhut 1 et 2 qui constituent la liste des représentants des jeux de tortures. The punisher, Resident evil 1 et 5, The House of the dead, Sanitarium, Silent Hill, Agartha et Rule of rose qui ont quant à eux pour charge d’illustrer les jeux d’horreur.
S’ajoutent à ces listes les « Vues d’ensembles » et qui abordent : les dangers des jeux vidéo violents, le traitement médiatique des jeux vidéo et l’addiction au jeu vidéo : Le sel du livre !

De cette manière sont notamment abordés l’acharnement de certains politiques et l’ignorance calomnieuse dont ils font preuve à l’égard du jeu vidéo, l’image négative et à charge que les médias donnent à notre loisir depuis ses débuts (avec un parallèle très pertinent réalisé avec l’histoire de la bande dessinée). L’addiction et les comportements dangereux que peuvent engendrer le jeu vidéo n’étant pas, pour autant, épargnés. 

Sujets, verbes, compliments…

Bourré d’informations, à en perdre le fil (par instant), le travail de documentation fourni est remarquable.
Et comme pour faire écho au précèdent ouvrage (et pour compléter cette saga dont tous les épisodes ont étés abordés dans le volume 1 : Jeux de course/action et jeux érotiques) le livre revient, par ailleurs, sur GTA V. De la même manière, le volume trois est introduit dans ce second opus (puisqu’il sera plus particulièrement consacré à la politique et à la liberté d’expression et comprendra une vue d’ensemble les affaires de meurtres impliquant des joueurs de jeux vidéo). 
 

C’est d’ailleurs à la fois la force et la faiblesse du livre : il y a beaucoup de chose et qui, par endroits, font un peu pièces rapportées. Je pense notamment aux chapitres où il est question de Hotline Miami 1 et 2 et à une partie plus volumineuse, posée au cœur du livre et consacré aux beat them all. Si ces parties font sens, un peu plus loin, complétant les thématiques et l’éventail des titres abordés, elles m’ont un peu interrogé. Dans le même ordre d’idée, de longues notes en bas de pages, et de nombreux renvois -qui parfois envahissent littéralement les pages du récit principal- prennent aussi le risque de rendre le livre confus...  

Attention, toutefois, hein, qu’on se comprenne bien !

On est loin des livres de « thésards » qui sous prétexte de penser haut sur le jeu vidéo font vendre de l’aspirine ! Dans cet ouvrage la langue de Molière et le jeux vidéo sont largement réconcilié, le fond comme la forme sont soignés et fluides.
En bref, si j’étais testeur à consoles plus et que ce livre était un jeu (je sais, ça fait beaucoup de si !) disons que je mettrais un 92% pour cet ouvrage. 99 % pour le contenu (oui, je me dois tout de même de retirer un point pour les propos tenus sur RESIDENT EVIL 2… je ne polémiquerai pas là-dessus ici. Benjamin, on en reparle si tu veux bien ! 87 % pour la forme (qui, à deux trois reprises, le temps d’une ou deux pages, m’a donc un peu perdu) et 90 % pour l’esthétique (le style, principalement -le vocabulaire est assez riche sans être bloquant et l’effort de joindre analyse et thématique sans oublier l’aspect mini-tests remis dans leur contexte gorgés d’anecdotes qui vont bien). Il y a même quelques mots pour le moins inédit dans le champ lexical lié généralement au jeux vidéo à l’écrit et que j’ai pu relever : Succube (la), circonspects, opprobre, fange (la), obole…

Merci aussi pour ça !   

 
La conclusion…

En lisant ce livre, hyper documenté, on a l’impression de lire une revue de presse, étendue sur plusieurs années, des polémiques liées aux jeux vidéo tout en bénéficiant en temps réel, de l'analyse qui en découle. Comment ne pas adhérer ? Les faits sont exposés ... et à la fin de l’ouvrage une interview de Shane-fenton achève de nous convaincre des vérités et contre-vérités établies par l’ouvrage.  
Benjamin Berget, qui écrit sur le jeu vidéo depuis une dizaine d’année, vient de sortir une biographie de YU SUZUKI aux éditions Geek-lines. L’auteur travaille actuellement au troisième volume des jeux vidéo polémiques : La politique et la liberté d’expression qui va conclure la trilogie. Les jeux vidéo de son enfance les plus marquants sont : Dongeon Master (sur Atari ST), Golden Axe (sur master system, la version qui se déroule tableau par tableau) et Mortal Kombat (sur Megadrive).

 VinZ

2 commentaires:

  1. Billet très intéressant, merci !
    Comme je lis depuis 10 ans les Pix'n Love, ouvrages Omaké Books et autres, je partage l'analyse de la "littérature" jeux vidéo française.

    Au plaisir de continuer à vous lire :-)

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  2. Rien n'est moins sur après ça ! ^^
    Mais je maintiens. Il y a de plus en plus de chose qui se ressemble alors que l'offre se multiplie -notamment en provenance d'éditeurs non spécialisés dans le jeu vidéo et qui surfe sur la vague retro d'ailleurs.

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