samedi 15 février 2014

La Nec- par Boby Jack


Anecdotes de gamers

Une fois par mois (parfois deux) un joueur expérimenté (de la catégorie des passionnés les plus vifs ) nous fait revivre une licence, un jeu marquant, une console... autour de ses souvenirs personnels, d'anecdotes inédites et autres petits plus qui forgent le style et la passion. Ici, Matthias Czinober (aka Boby Jack) membre fondateur de l'association Retrotaku, collectionneur et «nectiviste» revient sur son parcours d'avec la pc engine...
 Je suis tombé dedans tout petit…

 
Cette histoire s’est passée il y a bientôt 25 ans…

En décembre 1990, mon frère de 4 ans mon ainé rapporte à la maison le Saint Graal !!
Enfin comprenons-nous, MON Graal ! Celui qui marque le jour où j’ai pris connaissance de la console qui m’a rendu fou pour le restant de ma vie. Mon frère, non conscient encore aujourd’hui des conséquences de cet acte anodin, planta ce jour là, au plus profond de mon être, la petite graine de Retrogamer-Collectionneur compulsif que je suis devenu.

Nicolas, puisque je lui dois bien cet honneur amène ce jour là à la maison, le « Magazine Tilt Guide 1991 », celui que j’appelle plus intimement « le Tilt d’or 90 ».


Je me souviens encore les sensations exquises que me procurait la lecture de ce Magazine… mais quel était donc cet étrange « ordinateur » que l’on nommait « le PC Engine » ?? En regardant la catégorie « Beat Them Up » (ça fait d’ailleurs sourire aujourd’hui de voir dans quelle catégorie ils ont rangé PC KID), je vois un petit bonhomme préhistorique qui combat à grand coup-de-boule des monstres qui ont l’air aussi gentil que stupide!! Les autres jeux NEC montrent aussi des images très alléchantes. Mais d’où sortent ces graphismes tous colorés et tous mignons ? Je me prends ce jour là une véritable claque visuelle !
Avec le recul, je me rends compte que c’était la « Nippon Touch »… un univers totalement décalé et non moins envoutant qui offrait [enfin] une alternative aux consoles et ordinateurs de « monsieur-tout-le-monde ».
Quelques pubs plus loin, je comprends que Momotarou, le petit contrôleur de train tout « kawaï » nous incite vivement à acheter une console de la Gamme « NEC ». Le message est très clair et fait mouche, car ça donne horriblement envie… mais c’est très cher !!

Quelques temps plus tard, en octobre 1991, je remarque dans les rayons d’Auchan, que la « précieuse » est là, face à moi, en train de me regarder avec ses yeux de biche !!


La Core Grafx « puissance 5 », qui avait la particularité d’offrir dans ce pack si convoité aujourd’hui des collectionneurs de PC Engine, une console modifiée RGB par Sodipeng, un câble RGB avec un sortie Audio pour pouvoir y raccorder une chaine Hifi, un quintupleur noir estampillé Sodipeng, une manette supplémentaire toujours fabriquée par ces derniers et un jeu Hucard.
Dans ce pack, le jeu variait, c’était un peu au petit bonheur la chance. La mienne sera grande puisque je tombe sur Cybercore.


 « Les mouches »,  comme l’appelait ma grande sœur -qui aimait bien squatter la console du petit frère le temps d’une partie ou deux… Ce jeu était génial !

C’était ça la PC Engine… je dirai même plus, c’était ça le retrogaming tout court ! Des jeux qui nous permettaient de nous défouler le temps d’un ou deux crédits, pendant 20 ou 30 minutes. Parties rapides pour les uns, « après midi jeu » pour les autres!! Dans les années 90, il n’était pas rare de finir un jeu, puis de le recommencer dans la foulée pour améliorer notre score ou en essayant un niveau de difficulté supérieur. D’ailleurs, si par malchance on choisissait un jeu pourri, on en prenait pour 6 mois… Ce n’était vraiment pas évident d’évaluer un jeu qu’avec les images au dos de la boite et le Noël ou l’anniversaire suivant était loin. Un peu comme pour la soupe aux légumes de mémé, fallait non seulement la gouter, mais fallait aussi la finir! C’est comme ça que mon pote Eric a chopé le jeu Yokai Dochuki avec sa console. C’était un jeu très barré. On nageait en plein délire au royaume des fantômes et légendes japonaises. Dans ce jeu, lorsqu’on se concentre pour tirer, on a les cheveux qui se dressent sur la tête. On fait une partie de dés contre une grenouille. Au boss, le héro rentre en méditation et il se transforme en spectre pour le combattre... Si vous aviez encore un doute à l’époque sur la présence ou non de substances illicites dans les studios de Namco, sachez qu’il y a un striptease à la fin du premier niveau comme pour dire :
« c’est bien mon gars, tu t’en es pas trop mal tiré, t’as bien mérité une petite gâterie ».


Même si aujourd’hui, ce jeu compte de nombreux défenseurs, j’avoue qu’à l’époque, j’avais plaint mon pote, car je trouvais sa maniabilité épouvantable ! Le héro GLISSAIT et ça devenait très difficile dans les phases de plateforme, on pouvait tout perdre d’un coup. C’était frustrant de super bien partir, de plumer la grenouille au dé, de pouvoir ainsi s’acheter toutes les assiettes de riz chez la p’tite grand-mère, pour au final rater lamentablement son saut sur le dernier ou l’avant dernier nuage et se retrouver littéralement au purgatoire !! Mais tout ça n’a pas empêché mon pote de finir son jeu comme il se doit… Eric était plus patient que moi.^^


Mais revenons plutôt à nos mouches…

Déjà, chose assez rare à l’époque, mais souvent considéré comme un vrai plus, le jeu était doté d’une petite intro animée… elle était courte certes (Hucard de 4mo oblige), mais on voyait une sorte de combattant qui revêtait un bio-casque et Hop… dans le vaisseau qui s’en va-t’en-guerre (avec Malbrough)!! Le tout sur une musique hyper entrainante… Non franchement, c’était efficace pour l’époque. Ensuite pas le temps de s’extasier ou de mollir, ça fonce, c’est fluide, les couleurs « claquent-leur-mère » ! Les ennemis ne font pas pale figuration. Le 8 ème et dernier niveau m’a fait piquer plus d’une crise de nerf avec ses interminables salves d’étoiles bleues à têtes chercheuses!!! RRhhhhaaaaaa !!! NNeerrffffss !!

[Tournicotis de manette, suivi d’un marteau pilonnage].
Voilà ça va mieux… 
 

En remettant les choses dans leur contexte, en cette fin 91, parmi les consoles 16 bits, seule la Megadrive était présente sur notre territoire français. La Super Nintendo n’était pas encore arrivée en France ! En matière de Shoot-Them-Up, on ne trouvait pas son pareil en termes de fluidité !! Le vaisseau zigzaguait partout à travers l’écran avec aisance… la faute ou devrais je plutôt dire « grâce » au 60 hertz bien sûr !! Il y avait à l’époque sur Megadrive des jeux super impressionnants dont je me garderai bien de dire du mal, comme Thunder Force 3, Phelios ou Gynoug (qui sortira début 92 en France) mais force est de constater que ce n’était pas aussi rapide, fluide et lumineux !! Ce n’est pas par hasard qu’on associe la console NEC aux Shoot-Them-Up !!


Niveau évolution des tirs c’était déjà pas mal, il y avait 4 couleurs différentes (rouge, bleu, jaune, verte) et lorsqu’une grosse mouche verte et orange passait, il fallait lui tirer dessus comme un guedin pour lui faire cracher ses petites capsules de couleur… il fallait les enchainer de la même couleur sinon le tir n’évoluait pas ; un classique quoi ! Il y avait même un TIPS pour avoir un super tir avec toutes les options en prenant 8 capsules dans un ordre bien défini. J’aimais bien aussi faire le code pour écouter les musiques.


En parlant de TIPS, j’ai souvenir d’avoir prêté PC KID 2 à mon pote Eric (et oui, encore lui), quelque temps après il me l’a rendu en trouvant un super code. En faisant je ne sais plus quelle manip’ avec la manette on pouvait s’entrainer aux minis jeux des « Stages Fleurs ». Pour la petite histoire, j’avais converti mes meilleurs potes à la NEC et on s’organisait pour ne pas s’acheter les mêmes jeux… c’était plus commode pour se les prêter.


Je vous ai parlé tout à l’heure de mon quintupleur Sodipeng. Cet outil permettait de jouer à 5 à la fois !! C’est dommage car NEC a peu exploité ce hardware, mais si je ne devais retenir que deux jeux, et qui exploite l’engin,  je retiendrais sans hésiter Final Match Tennis de Human et Bomberman. Le premier était extrêmement intuitif. Une prise en main quasi instantanée ! J’adorai jouer avec Chang. Il y avait aussi Lendl pour pouvoir rejouer la finale de Roland Garros de 1989 (où le petit homme au merveilleux jeu de jambe et au service à la cuillère avait décontenancé le grand tchécoslovaque). Le choix des tennismen était large (il l’est toujours d’ailleurs ^^): Jimmy Connors, Boris Becker, Agassi, Leconte, Wilander, Mac Enro, Edberg, Borg, Vilas … Ils avaient tous leurs caractéristiques propres avec par contre un physique plus ou moins réussi. Pour la petite histoire, en 2009, l’association Festi’NEC en partenariat avec l’association Retrotaku a organisé un tournoi en double de ce jeu. J’ai quand même été finaliste avec mon pote Tony!! Comme quoi, le tennis sur PCE c’est comme le vélo, ça ne se perd pas !^^ (ouais je sais, ça fait vantard… mais j’m’en tape, c’est mon papier !!)


L’autre jeu qui m’a beaucoup marqué -et je suis sûr que mes potes Phiphi, Juju et Jéjé (non, ce ne sont pas les neveux de l’oncle Boby^^) s’en souviennent aussi encore-, c’est Bomberman de l’incontournable « maitre Hudson ». A 5 joueurs, ce jeu prend une dimension fantastique ! On y jouait jusqu’à plus soif… ça se liguait (souvent contre moi d’ailleurs), ça gueulait, on pétait un câble et c’était bon !! Il y a des jeux comme ça, on a beau les resservir à toutes les sauces, les remettre au goût du jour chaque année sur chaque nouveau support, ils ne perdent pas une once de fun…car le concept est là. Il y a le mode multi joueur que tout le monde connait. Mais il y a aussi le mode story, que je trouvais également très réussi. Les graphismes et la musique étaient bien mignons je trouve.


Mon autre grand souvenir date de 93, à l’occasion d’un voyage  avec mes parents au Canada. Nous rendions visite à mon frangin Nico, alors étudiant d’échange. Au hasard de nos déambulations, nous rentrons dans un magasin d’électronique. Il y avait un bordel monstre. Et au moment de sortir, je ne sais pas ce qui m’a pris de regarder tout en haut de la vitrine derrière le vendeur… un peu recouverte de poussière, je vois une Turbo Duo.


Fruit de bon nombre de mes fantasmes, mon cerveau se mit sur Off. Comme hypnotisé par ma sirène, je ne peux plus partir du magasin. Mes parents voient bien qu’il se passe quelque chose. Après quelques négociations, nous finissons par trouver un accord. Au détriment de mon cadeau de Pâques, de mon anniversaire et de mon Noël, mes parents me permirent de repartir avec mon précieux sous le bras ! Je me souviens d’avoir branché mon casque de Walkman et de l’avoir lancé tant bien que mal, « à l’aveuglette », à l’aide de la manette. Le CD de Ys était fourni dans le pack. L’intro du jeu avait un « Riff de guitare à la Eric Clapton » disais-je à l’époque… (Mes connaissances musicales étaient encore très pauvres…^^). Rentré en France, je paradais et montrais fièrement mon joyau auprès de ma troupe de copain. J’avais du mal à trouver une télé qui acceptait le signal NTSC de ma console, mais ce n’était pas grave… qui a dit que le bonheur devait être facile ?

Ys reste l’un de mes jeux préférés sur cette console, j’en ai passé des soirées à le finir avec mon pote Jéjé. Quelques années plus tard, j’ai fait la connerie de vendre ma Turbo Duo et ma Puissance 5, en pensant que cette partie de ma vie était derrière moi. Je ne savais pas à quel point je me trompais.
 

Depuis mon premier salaire, j’ai tout racheté un à un, je suis devenu un NECFAN patenté. Avec mes amis de Necstasy nous avons travaillé sur la Bible Nec sortie par la suite aux éditions Pix and love, j’ai fait fabriqué la Kotoby Engine (une Nec Duo Jap avec un lecteur US intégré au dessus) au célèbre customeur Kotomi, comme je le disais ci-dessus, avec Retrotaku nous avons co-organisé festi’Nec en 2009, je possède quasiment toutes les machines de la marque et pratiquement toutes les Hucards japonaises…
 
Il ne me manque pratiquement plus qu’une chose dans ma collec NEC pour aboutir le passionné que je suis devenu... la Turbo Duo de mon enfance!

Longue vie à la NEC et bisous aux Keupins de Necstasy^^ !


Boby Jack.


Matthias Czinober (dit  Boby Jack) se défini comme un activiste du retrogaming depuis de nombreuses années. Dès son premier salaire, en 2000, il démarre une collection et participe grandement à la mise en avant de la PC Engine ; une console de jeux qu'il avait  eu pour ses 12 ans. Après avoir eu l'intention de créer une antenne sarthoise de la RGC il fonde, en 2008, l'association "Retrotaku" avec une poignée de copain. Son projet (toujours d'actualité): créer un musée autour du  rétrogaming.
 

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