jeudi 21 juillet 2011

SHENMUE par SarKasticK

(Scrolling.fr)

Il y a des jeux vidéo dont, pour toutes sortes de raisons, on se souvient toute son existence, et Shenmue fait indéniablement partie de cette catégorie me concernant. Ce titre aura réussi, durant l'ensemble de la période où j'ai pu le pratiquer, à me faire oublier les basses besognes vitales : Exit les repas consommés à heure fixe : j'en oubliais de manger, terminées les longues nuits réparatrices : la notion de temps n'ayant plus prise dans mon quotidien …


Aventure pour le moins atypique, le jeu bâti en outre sa légende sur le fait qu'il s'agisse rétrospectivement d'une initiative bien solitaire, car mis à part un second opus loin de démériter par rapport à sa genèse, cette « expérimentation » resta sans véritable suite. Et à ceux qui disent que GTA est le seul digne représentant de la liberté d'agir dans un jeu vidéo, ont-ils réellement déjà seulement touché le précieux GD-ROM sur Dreamcast... ?


Le récit prend place durant le milieu des années 80 au Japon (à Yokosuka pour être précis). Vous évoluez sous les traits de Ryo Hazuki, jeune homme lycéen en passe de devenir un maitre de Jujitsu confirmé. Un soir pluvieux, Ryo rentre chez lui et assiste, impuissant, au combat mortel entre son père Iwao et un mystérieux individu répondant au nom de « Lan-Di ».


La bataille se soldera donc par le cuisant échec de votre père, entrainant son décès, et ayant tout juste le temps de vous adresser quelques mots qui vous aideront dans l'organisation de votre expédition punitive. Shenmue peut dès lors commencer sérieusement.


Le joueur se retrouve très rapidement dans la demeure de Ryo, dont il peut parcourir chaque pièce, tout en fouillant chaque recoin, chaque tiroir, tirer chaque porte... On comprend assez vite que la notion de « liberté » revêt ici tout son sens : Notre héros appréhende son environnement comme s’il était « réel », sans les limitations classiques d'un jeu vidéo ordinaire. De ce fait, le joueur se rend compte des possibilités, incroyables, offerte à cette époque par le soft, s'en émerveille, et surtout teste le système pour en trouver les failles.


Les possibilités en ce sens sont si impressionnantes qu'elle permette à Shenmue de se hisser en haut du classement des « jeux où on peut perdre son temps », à parcourir les dédales (magnifiques) de la ville, à aller dépenser son argent de poche du jour dans la salle d'arcade du coin, ou à faire la collection d'objets estampillés Sega à la tirette de l'épicier.


La quête de notre ami passe alors au second plan, et il peut s'adonner à toutes sortes de futilités, en ayant une existence proche d'un garçon de mauvaise vie. C'est d'ailleurs là que peut s'exercer la principale critique des détracteurs du jeu : Dans Shenmue, on peut « s'ennuyer » ferme si on est insensible au monde proposé, et à cette liberté d'action qui peut être déroutante pour beaucoup.


En fait, en tant que joueur, c'est le titre qui m'a fait penser qu'il y avait eu une évolution majeure dans le jeu vidéo. Je pouvais dire concrètement que je menais une existence « par procuration » au travers de notre jeune ami tourmenté par la mort de son cher papounet. La notion « d'ennui » est quelque chose qui, à priori, se veut rédhibitoire dans un divertissement de ce genre. Hors Shenmue se veut être une louange permanente à la non-action, comme dans « la vraie vie ».


Les premières minutes du soft suffisent à savoir si l'on va apprécier le titre à sa juste valeur ou le laisser sur le haut d'une armoire poussiéreuse. Quel est, finalement, l'intérêt de se divertir avec un jeu qui ne se veut guère plus attrayant que notre propre existence ? Peut-être est ce le simple plaisir du « transfert », du grand jeu de chaises musicales entre soi-même et son double vidéo-ludique ? Le joueur n'appréhende plus Shenmue avec les mécanismes habituels du genre, car on connait, d'instinct, les limitations d'un genre de jeux donné.


Enfin, j'avais été bouleversé par la direction artistique de l'ensemble, que cela soit au niveau des thèmes musicaux (réalisés conjointement par Yuzo Koshiro, Takeshi Tanagawa et Ryuji Iushi ) qu'à celui du rythme très lent du titre, forçant nécessairement à la contemplation. Personnellement, Shenmue m'a semblé être l'un des seuls jeux qui soit à la hauteur de ses ambitions, ni plus, ni moins. Une ambition qui l'entraina jusqu'à se déchéance, en faisant de cheval de proue de Yu Suzuki un véritable contre-exemple en terme d'investissement / rentabilité.



Le joueur que je suis espère, comme tant d'autres, qu'un troisième opus clôturera avec talent l'un des triptyques les plus enivrants qui soit. Surtout que les dernières déclarations sur le sujet laissaient présager qu'il y avait une grande volonté de faire aboutir ce projet... Très attendu au tournant, il va sans dire !

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