vendredi 15 juillet 2011

Dragon's Lair par Yace

(de shump.com)
Oui, ce jeu est dès son origine un authentique OVNI dans l'univers du jeu vidéo. Tant et si bien que je m'interroge en tant que mémoire du jeu vidéo à un âge où l'évolution de la discipline ludique a fait de moi un marginal. Ce jeu est-il réellement un jeu vidéo ? Les avis peuvent se discuter, et en effet, la nature trouble de cette "chose" me pousse vers des cogitations parfois saugrenues voire carrément importunes, mais il est temps de coucher tout ceci sur le papier virtuel. Et quoi de mieux que cette rubrique de dingues et autres passionnés adeptes de remue méninges lorsqu’il s’agit de sticks.


Attardons nous donc, car c’est de circonstance, avant d’aller plus loin, sur la personnalité lié à Dragon’s LAIR, j’ai nommé son auteur : Don Bluth.

Né en 1937, Don Bluth, avant de marquer l'histoire du jeu vidéo, est un animateur connu essentiellement pour son travail avec les studios Disney. Il se découvrit un amour de l'animation avec Blanche-Neige et les sept Nains et entra chez Disney en 1968, où il participera à Robin des Bois, Bernard & Bianca The Rescuers, Rox et Rouky ainsi qu'à Peter & Elliott le Dragon.

Dragon. Le mot est lancé ! En parallèle à son travail chez Disney, ce cher Don Bluth a une idée folle : définitivement rompre la barrière entre jeu et cinéma.

Nous sommes en 1983 et Don Bluth comprend que le loisir vidéo, qu'il soit en salle de cinéma ou en salle de jeux ne se divise pas forcément. Alors, pourquoi ne pas créer un pont entre les deux univers, film et jeu vidéo ? Certes, les premières adaptations en jeu vidéo de films commençaient à pointer, notamment la saga Star Wars qui se déplace des salles obscures aux écrans pixellisés de l'Atari 2600. Mais la différence est encore énorme, n'attendez pas à voir sur les téloches d'antans une console capable de faire vibrer l'auditoire comme l'ont fait les missions spatiales de l'épisode IV qui était l'épisode I jusqu'en 1999 !

Et là vient le déclic : si le jeu vidéo n'arrive point à égaler les sensations inhérentes aux films, pourquoi ne pas opérer rapprochement inverse.....Et injecter des éléments de jeux vidéo dans un véritable film ?

Ainsi naît Dragon's Lair, jeu vidéo ou plutôt film en jeu vidéo.....Et aussi le concept poussé d'interactivité.


Le principe est simple : vous êtes un brave chevalier, Dirk le Brave, et vous devez investir le château hanté par un dragon malfaisant au doux nom de Singe afin de sauver la princesse Daphné. Le joueur s'immerge totalement dans l'intrigue et doit appuyer sur les bonnes commandes au bon moment et faire les bons choix pour voir s'il continue l'aventure ou s'il tombera héroïquement...En gros, du Death and retry en veux-tu en voilà.

Je suppose qu'en cette année 1983, bien peu de joueurs s'interrogeaient réellement sur la vraie nature de ce nouvel arrivant dans les salles d'arcade. Le jeu accrochait immédiatement le regard par sa beauté toute irréelle, là où régnaient encore le pixel et le bip-bip. Là non, nous avions une véritable prouesse d'animation et de graphismes, ce qui pour moi accrédite la thèse selon laquelle Dragon's Lair n'est pas un jeu vidéo, mais un film pour la première fois interactif.


Cependant, ce type de concept, si techniquement révolutionnaire qu'il soit, ne tardera pas à montrer d'évidentes faiblesses : d'une part, un apprentissage forcément hasardeux donc parfois frustrant, et d'autre part une durée de vie limitée car à l'évidence, une fois que l'on connait les choix à faire, on peut finir le jeu sans le moindre mérite. Et là, à moins d'être un inconditionnel de dessins animés, Dragon's Lair ne livrait guère une "intrigue" suffisamment fouillée ou artistiquement poussée pour que l'on y revienne...

Bref : un OVNI ludique qui ne survit hélas guère à l'effet de surprise et d'admiration qu'il suscite. Dragon's Lair aura cependant pour lui d'avoir lancé le phénomène du "film interactif" et cela, rien ni personne ne pourra le lui enlever. Un peu comme les premiers jeux qui misaient sur la digitalisation d'ailleurs...Une avancée technique indéniable mais qui hélas s'est effondrée sur elle-même sans avoir la postérité escomptée. Ce qui m'amène à croire que film et jeu vidéo sont deux choses bien différentes, et l'histoire du jeu vidéo a démontré que jouer à un jeu vidéo est d'un tout autre ordre...Au point que dorénavant, les films ne seront plus des films interactifs, et que les jeux vidéo seront et resteront des jeux vidéo reprenant des éléments de la narration cinématographique, tout en gardant leur nature totale et complète de jeu vidéo. Désormais on causera d'adaptation de film en jeu vidéo, ce qui, contrairement à ce pauvre Dragon's Lair, consolide définitivement cette séparation claire entre cinéma et jeu vidéo.

Dragon's Lair ne fut donc qu'un malheureux précurseur, merci quand même...Au moins l'histoire l'a retenu et qui sait, dans quelque temps peut-être se repenchera-t-on sur cette innovation et un come-back aura lieu...


Cependant, l'aspect graphique dut être une claque authentique pour l'époque...D'où une notoriété avérée qui poussera le monde de la console à vouloir se réapproprier le "mythe" Dragon's Lair...Et à l'exception du Méga CD qui reprend le titre pour le film interactif qu'il est, les autres portages console tireront les leçons de l'échec conceptuel de Dragon's Lair pour tenter d'intégrer pleinement ce titre connu au monde du jeu vidéo. Finis les aspects "scénario pré-écrit", place à l'action ludique dans ce qu'elle a de plus classique.

ET là commence le carnage....

Je vais brièvement traiter de trois versions du jeu : celles de Nintendo. Car chacune de ces déclinaisons de Dragon's Lair est bel et bien distincte de l'original, et même entre elles ne subsistent qu'un point commun : le héros.

Et ces versions sont hélas réputées pour être toutes de véritables supplices...


Commençons par la version Game Boy. Dirk doit récupérer des pierres précieuses afin de libérer le pays du terrifiant Dragon qu'on ne voit d'ailleurs à aucun moment du jeu. Le jeu est magnifique. L'esthétique sur GB est ici portée vers des hauteurs insoupçonnées, on a des écrans tout en dégradé et les tableaux baignés aux lueurs des torches sont hallucinants. L'animation du héros est également confondante, le premier abord est donc fatalement source d'admiration. La musique qui accompagne les tribulations de Dirk est également magnifique.


Bref tout serait parfait si Dragon's Lair sur GB eut été un film interactif, mais non, il s'agit d'un jeu de plate-forme...injouable. Les tableaux sont agencés de manière tout à fait incohérente et certains d'entre eux sont purement infranchissables. Au surplus, les sauts réclament une précision métronomique et relèvent plus souvent de l'aléatoire que du réfléchi, d'où une sinistre impression de jouer à un jeu-piège...farci de passages impossibles et autres pièges à cons. Bref, si Dragon's Lair a su garder sur GB ce qui faisait son charme en arcade, le passage du format "film" au format "jeu" est totalement raté. Le plus beau jeu de la GB est également l'un des plus irritants, à oublier hélas.


Poursuivons avec la version Super Nintendo, qui reconnaissons-le est la meilleure, ou au moins la moins mauvaise de toutes. Dirk retrouve son rôle de sauveur de Princesse et devra franchir plusieurs étapes au sein du château maudit que garde le terrifiant Dragon Singe. Comme on pouvait s'en douter, le jeu est magnifique. Les décors font très dessin animé et le jeu est assez bien construit, avec une ossature plus classique : level, boss... Les testeurs de l'époque ont d'ailleurs pour la plupart manifesté un certain enthousiasme à la sortie du jeu, certains allant jusqu'à en faire un concurrent de Super Ghouls'n'Ghosts et de Super Castlevania IV ! Ce que le jeu aurait pu constituer aisément, si...


Si sa maniabilité n'était pas aussi calamiteuse... Dirk est lent et pâtit d'une certaine inertie qui ferait passer Christopher Belmont pour un athlète parfait ! Et vu la configuration très sinueuse du parcours, le jeu en devient rien moins que particulièrement difficile. Seuls les joueurs réellement sensibles au charme particulier de l'œuvre pourront persévérer, mais bon, le tout n'est guère mauvais au final. Disons que le jeu a su se faire un public, même restreint.


Et je garde le meilleur pour la fin avec la célèbre version NES du Jeu. Là, on touche des sommets d'absurdité.

La signature Dragon's Lair est reprise : les graphismes sont exceptionnels pour une NES. Un dessin animé sur console 8 bits ! Mais quid d'étonnant, n'est-ce pas là la signature même de l'œuvre originelle de Don Bluth ?

Le jeu reprend globalement le déroulement de la version de 1983, comme la première scène, le dragon du pont-levis. Le premier écran du jeu qui a participé à sa célébrité ! Car oui, Dirk souffre énormément. Le jeu reprend le caractère Death'n'Retry en le portant vers des monts culminants ! D'où un contrôle absolument incroyable. Dirk est en plomb ou quoi ? Le jeu est injouable et d'une difficulté à se taper le cul par terre sur des tessons de bouteille. Chaque mouvement prend une durée d'exécution hallucinante, le tout dans un environnement plus qu'hostile, farci d'une pléthore de one-hit death, à tel point que chaque pas ne manquera pas de vous conduire à votre perte. Oui, chaque pas ! Ce qui est terriblement frustrant, je n'ose imaginer le nombre de cartouche qui ont fini leur course quelques étages plus bas ou sous les talons de joueurs excédés...


Ultime gag, après avoir sué sang et eau sur cette indicible aberration, il suffit de se tromper une fois d'entrée dans les scènes d'ascenseur...pour risquer d'être téléporté au tout début du jeu à nouveau. Calvaire je vous dis.

Moralité ? Il y a et a toujours eu une barrière salutaire entre cinéma et jeu vidéo. Quand on voit d'ailleurs la majorité des adaptations en jeu de films à succès (ou pas à succès), on peut s'estimer heureux ! Des tentatives expérimentales comme ce Dragon's Lair ont démontré s'il en était besoin que les finalités du cinéma et du jeu vidéo ne sont pas les mêmes ! Si Don Bluth avait intégré ceci plutôt, peut-être aurait-il attendu et qui sait, un jour travaillé comme graphiste et pondu des jeux qui lui auraient valu une notoriété plus grande...et plus flatteuse ! Car Bluth restera à jamais un grand animateur -je m'étonne qu'il ne soit pas au rang des Walt Disney Legends- mais sa participation au monde des jeux vidéo lui est finalement plus préjudiciable que réellement honorable...Les échecs de son œuvre sur console font de ce Dragon's Lair un titre maudit.

3 commentaires:

  1. Tout dépend de quel coté on se place. La saga Dragon's Lair est culte pour beaucoup de joueurs. Elle a été adaptée sur quasiment toutes les consoles et ordinateurs existants. Ce sont des millions d'exemplaires qui se sont écoulés dans le monde. Je ne trouve pas que l'on puisse parler "d'echec" ou de jeu maudit car, encore aujourd'hui, le jeu est adapté sur les nouvelles générations. Les "films interactifs" sont un style de jeu a part entière qui disparait c'est vrai, mais les fans sont encore très nombreux.

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  3. Bonjour,
    article intéressant c'est marrant il n'y a pas si longtemps que ça j'ai lu un article consacré à ce jeu sur le livre Animation Numérique de Andrew Chong éditions Pyramid. Je n'ai jamais eu ce jeu sous la main, par contre je possède la version ps2 qui n'est pas interactive, mais juste un jeu de plate-forme en cell shading avec une maniabilité à se taper contre les murs. A ce qu'il me semble, le premier opus en souffrait aussi.
    Bonne continuation!

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