samedi 31 mai 2014

HORS-JEUX N°4: ITW de Gioacchino Petronicce (cinéaste)


Chaque mois (ou un mois sur deux) une personnalité en retrait du monde médiatique, un artiste émergeant en quête de gloire ou de fortune revient sur son parcours et son actualité. Après el didou (Animateur mythique), Moise the dude (rappeur) et Sciol (Dessinateur, peintre, illustrateur du blog), c'est au tour de Gioacchino Petronicce, cinéaste, de nous parler de son travail...
 
 
Bonjour Gio, que dirais tu de toi pour commencer ?

Bonjour, je me prénomme Gioacchino Petronicce. Je travaille sur l'image, le son, l'écriture et la réalisation. Cela m'est venu assez tard, vers mes vingt quatre ans, et depuis j'y ai consacré pas mal de temps. A la base je ne connaissais rien, je n'avais aucune culture ou connaissance technique de quoi que ce soit.


J'ai commencé par faire des études de psychologie, de sociologie et de philosophie pour par la suite partir en école de cinéma. J'ai fini cette école il y a environ deux ans et depuis je travaille surtout comme réalisateur, monteur et photographe. Je m'intéresse surtout à la forme courte et expérimentale, même si je développe en parallèle des projets sur des formes bien plus longues.

Je suis émerveillé par le réel. J'aime regarder la vie des gens dans la rue et tendre mes oreilles afin de saisir l'instant magique d'un lieu.
 

D’où te viens cette envie de filmer ?

Mon envie de filmer découle d'une envie de partager des choses. De véhiculer des sensations et des émotions. Mon envie de filmer ne découle pas nécessairement d'une envie de raconter une histoire. Elle émane d'un réel besoin de développer quelque chose de sensitif.
C’est une vocation ou un long cheminement, tu dirais…?


A l'origine cela ne devait pas être une vocation. Etant jeune, je ne m'intéressais pas à l'image, au son, à la musique, à la littérature, etc. C'est plus un long cheminement. Un besoin d'expression grandissant qui se faisait de plus en plus présent. J'ai commencé par me mettre à la musique vers mes vingt et un ans. J'ai assez vite composé et surtout je cherchais à donner une âme à ce que je faisais. Par la suite l'expérimentation sonore m'a donné des envies d'écrire. Et mes écrits m'on poussé à vouloir  les mettre en image. Vu que j'étais ignorant j'ai tenté ma chance dans une école de cinéma.

 
Bien avant tout ça des amis très proches me disait qu'il me verrait bien faire du cinéma. J'avais à priori une tendance à me projeter, à visualiser les choses, à les imaginer, à les décrire, puis la passion nous emporte et un sentiment nous transperce. Je ne le voyais pas mais certaines personnes l'ont vue à priori. C'est ce côté, et ces personnes, qui m'ont poussé à aller en psychologie. Mais la psychologie ne m'a pas suffit. Je crois que d'essayer de comprendre ne me satisfaisait pas. Je me retrouvais plus au travers de la création et dans l'expression émotionnelle d'une chose. Pendant un temps la musique à joué son rôle mais elle ne m'a rapidement plus suffit non plus. J'ai donc cherché une discipline qui se prêtait mieux à ce que je recherchais. Et c'était l'alliance du son, de l'écriture, et des images. Alors vocation ou cheminement ?

Quel est le moteur principal qui te donne l'idée d'un film ?

Le moteur principal qui me donne l'idée d'un film c'est la pulsion, le fantasme d'une image ou d'un son, le hasard. C'est plein de choses je crois. Ce n'est pas toujours facile mais il faut fouiller au fond de soi pour trouver et souvent on ne trouve pas. Le meilleur moyen d'avoir une idée c'est je crois d'être investi par un sentiment, une émotion, un fantasme, quelque chose de fort.  Il faut être proche de son « intérieur ».

Ce qui est dur c'est qu'une fois qu'on a trouvé l'axe que l'on veut travailler, une fois qu'on est investi d'un réel fantasme qui nous inspire, et bien il faut arriver à canaliser ce fantasme et à le mettre de côté pour pouvoir le réactiver à un instant précis. Car une idée sous un angle émotionnel ça va et ça vient. Il faut stabiliser cette émotion et en faire une variable mémorisable et contrôlable. Pourquoi ? Car il arrive qu'entre la naissance d'une idée et sa concrétisation se passe plusieurs mois voir plusieurs années. Un projet audiovisuel est long, lourd à mettre en place, dur, et couteux. Il faut donc garder ses idées et ses ressentis bien au chaud.

 
Il y a un avantage à ce que la concrétisation d'une idée se fasse tard par rapport au moment où cette idée a été imaginée. C'est que si deux ans après avoir eu une idée, cette idée nous semble encore bonne, et si elle nous investit toujours d'une émotion persistante et vigoureuse c'est certainement que cette idée est intéressante.

La naissance d'une idée pour ma part marche au flash, au ressenti intérieur de quelque chose, puis par la suite je fais un effort d'intellectualisation de cette forme abstraite afin de la développer de manière concrète cette idée sur du papier.
Je ne filme pas sous l'effet de la pulsion. J'ai plus tendance à écrire. Je dois avoir environ une quinzaine de courts métrages en stock dont un long. Certains sont développer à 20 % et d'autres à 90%. Ecrire est une chose, en faire un film c'est autre chose. La réalité c'est qu'un film demande des moyens humains, beaucoup d'énergie, de l'argent et beaucoup de temps. C'est assez frustrant...

Qu’elles sont les différentes étapes qui composent ton travail ? De l idée au montage final...comment tout ça s’enchaîne ?

Les étapes de mon travail sont généralement les suivantes :

Trouvé une idée.
Développer cette idée de manière très large.
Trouver un concept.
Recadrer le développement large de l'idée vers le concept.

Puis j'écris point par point la construction du film (image, son, montage).
Cela me donne un découpage précis.

Ensuite le but est de recueillir la matière visuelle et sonore nécessaire.
Et de confronter cette matière avec le postulat de départ.


Par la suite l'idée est de voir si la forme imaginée par rapport à la matière recueillit est la bonne.
Si c'est la bonne c'est génial et si ce n’est pas la bonne il faut revoir intégralement le montage, le concept, et se remettre profondément en question ; accepter qu'on se soit vite emballé dans notre idée voir même planté. Il faut surtout apprendre de cette erreur pour éviter de la subir une autre fois.
Quelles sont tes influences majeures ? Niveau images, sons, musique, cinéma...

Mes influences majeures dans la musique sont variées car j'écoute beaucoup de sons.
Une de mes plus grandes influences dans le passé a été Radiohead. Et un de mes rêves serait de bosser corps et âme jusqu'à en mourir s’il le faut sur un de leur clip.


Au niveau de la pub, mon influence première a été Bruno Aveillan. J'aime beaucoup ses premiers travaux. Quand je suis tombé sur ses œuvres je me suis dit : « Ouaip ! Il y a quand même moyen de faire des trucs de fous en pub ! ».
Niveau cinéma j'aime beaucoup de films. Dans tous les cas un bon ou mauvais film nous apprend toujours quelque chose. Dans uns sens, un bon film nous inspire et un mauvais film nous éduque.
Quels sont tes productions artistiques préférées niveau disque, film, bd, jeu vidéo, livre…

 
Mon jeu préféré est : « ICO ». J'ai tout aimé. Le nom, l'atmosphère, le son, les vastes étendues, le temps qui semblait s'écouler comme dans notre monde. En tout cas c'est le seul jeu que j'ai abordé d'une manière unique. J'avais l'impression à l'époque de redécouvrir les jeux vidéo.


C'est très dur de dire qu'elle est mon disque préféré. Car cela change en fonction des périodes. J'ai plusieurs disques préférés en fonction des moments. Si je devais choisir, ce serait « Kid A » de Radiohead. Je l'écoute depuis 2001 et je trouve qu'il n'a pas pris une seule ride. J'ai la conviction que cet album ne se démodera jamais. Cet album offre une vision et une perspective extraordinaire. C'est de la grande création. Dans le style je trouve que c'est ce qui a de meilleur et de loin.


Je ne lie pas de BD.

Mon livre préféré : « Le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde. Je l'ai dévoré comme aucun autre livre. Cela part d'une idée simple raconté d'une façon maniéré mais avec beaucoup d'intelligence. De manière générale, je n'ai jamais vraiment aimé lire car j'ai souvent des problèmes de concentration en lisant. Mon esprit se met à divaguer et je perds le fil toutes les cinq lignes. Ce livre m'a tellement fasciné que mon esprit est resté concentré de bout en bout. Et à chaque fois que quelqu'un me parle de livre je lui parle du portrait de Dorian Gray. Sauf qu'il me semble que nous l'avons tous lu...
 

Mon film préféré est : « The fountain » de Darren Aronofsky. Même si aujourd'hui, je ne le vois plus sous le même angle, je trouve que ce film est plein de qualité, de créativité et de perspective. Il ma mis une bonne claque la première fois où je l'ai vu. Puis, je suis retourné le voir le lendemain et j'ai pris une nouvelle claque. Il y a des passages qui ne marchent pas forcément très bien, mais il y a des passages et des idées qui fonctionnent à merveille. Je cite ce film car c'est un film que j'ai vu avant de prendre la décision d'intégrer une école de cinéma, il a donc joué un rôle important à ce moment là. Je ne sais pas réellement si c'est mon film préféré car la liste pourrait être longue. En tout cas d'un point de vu sensitif c'est le film qui m'a le plus bougé et qui m'a le plus marqué.

Que penses tu de la dernière pub de Leclerc ou ton travail semble imité...


Je ne sais pas si les créatifs se sont inspirés d'un de mes travaux qui y ressemble fortement. En tout cas plusieurs personnes ont cru que j'étais le réalisateur de cette campagne et ont été surpris que ce ne soit pas le cas. D'autres personnes m'ont aussi parlé de plaggia. Je pense que ce film aurait pu être meilleur. La gestion du rythme aurait pu être facilement autre et plus précise. Les enchaînements auraient pu être moins cassants et plus « rond ». L'image aurait pu sonner moins studio et être plus proche de la réalité. Ceci dit je trouve qu'elle fonctionne et c'est certainement le principal.

Il existe un autre film publicitaire dont je tairais le nom qui ressemble plus qu'étrangement à un autre de mes travaux. Il se trouve que les créatifs et réalisateur me connaissaient car je les avais rencontré pour leur exposer mon travail et il se trouve aussi qu'ils sont entrés en relation avec moi à la période du développement de ce projet afin d'en savoir d'avantage sur un aspect de mon ancien travail.  Quelques mois après je tombais sur la pub à la TV. J'ai fouillé du coup sur internet et je me suis rendu compte que la personne qui m'avait contacté n'était autre que la réalisatrice de cette pub. Il faut du culot quand même.

Dans tous les cas c'est sans grande importance à mes yeux. Ce qui m'intéresse personnellement c'est de faire évoluer une forme. Je ne m'arrête donc pas à ce qui a été fait, je me concentre sur ce qu'il sera possible de faire.
Quels sont, dans les films que tu as fais, celui qui a ta préférence, celui qui a le mieux fonctionné et enfin, celui qui a été déterminant...

Le plus de vu c'est « Pictures » qui doit être aux alentours de 380 000 vues.
Le plus déterminant a été « Game Over ».
Celui que je préfère c'est le prochain que je ferais...
Blague à part, celui que je préfère c'est Game Over, car cela représente ce que j'aime le plus faire.

Tu as gagné un peu de sous avec tout ça? En temps, en moyen ça te coûte... non ?

 
Je n'ai pas gagné de sous avec « Pictures » et « Game over ». Cependant « Game over » m'a permis de travailler sur des projets qui m'ont fait gagner des sous.Ce sont des vidéos que j'ai produite moi même et seul. Donc cela m'a couté environ 100 euros par vidéo. Et beaucoup de temps à organiser, tourner, enregistrement des sons, « dé-rushage », montage, mixage.


J'ai tourné à l'époque avec un 7D, 3 optiques (zeiss 50mm 1.4, canon 100mm 2.8 et un tokina 11-16mm) et un trépieds photo. Pour le son j'ai utilisé principalement un zoom H4n.

Merci Gio... les apprentis cinéastes vont pouvoir avancer avec toutes ces réponses ^^ Et bon courage, pour la suite! 

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