vendredi 21 octobre 2011

DONKEY KONG COUNTRY : Le roi des Kong ! par Yace (shump.com)

DONKEY KONG COUNTRY

Oh my God ! It's a Super Nintendo game !

Nous sommes fin 1994. Le marché du jeu vidéo est encore dominé par le duel au sommet entre les boites au hérisson et au plombier, mais cela fait déjà quelques années que l'affrontement entre les consoles 16 bits se poursuit.

Le jeu vidéo commence une évolution conceptuelle avec les manifestations de plus en plus régulières de la 3D, les périphériques de salon semblent cependant en retard par rapport aux PC. Nintendo, leader de l'époque avec la glorieuse Super Nintendo, dote sa console de moult possibilités qui annonce le progrès, comme le processeur Super FX qui dès 1993 permet à la bécane de jongler avec un affichage 3D de polygones, mis au service du shoot them up tout d'abord avec Starfox, puis du jeu de course avec Stunt Race FX...Mais tout ceci n'a rien du pavé dans la mare nécessaire.

Nécessaire ? Oui, car avec sa 16 bits qui date de 1991 , Nintendo semble se reposer sur ses lauriers au moment où le duel contre Sega semblait tourner à son avantage. A l'époque, le concept tout nouveau de "réalité virtuelle" fait bien des envieux. Aujourd'hui il est permis d'en rire tant on sait bien que cette idée nouvelle s'est effondrée sur elle-même comme un soufflé au fromage raté, mais pour qui a vécu cet âge indécis et transitoire de l'histoire du jeu vidéo, il semblait irréfutable que l'évolution des loisirs ludiques devait aboutir à un rapprochement quasi intégral entre jeu et réalité ! Et heureusement que ce ne fut pas le cas, le but du jeu étant précisément de s'évader dans le virtuel...


Mais l'impératif d'évolution est posé. Le jeu doit aller de l'avant. Et comme décidément la Super Nintendo en a dans les tripes, un projet se fit jour : Nintendo nous préparait avec le concours de la société Rare une véritable bombe, dont finalement bien peu avait filtré...Mais en cette fin d'année 1994, les amateurs allaient recevoir un taquet mémorable....Avec la sortie de Donkey Kong Country.

Jamais come-back ne fut plus retentissant dans l'histoire du jeu ! Qui ne connait pas Donkey Kong, le gorille lanceur de tonneaux et premier protagoniste avec Mario du genre plate-forme ? L'idée de génie sera de lier ce personnage quasi-antédiluvien au renouveau technique de la Super Nintendo dans un jeu de plates formes révolutionnaire et bourré de clins d'oeil à son primitif ainé.


Par tous les dieux du pixel, mais quel est cet OVNI ? Lors des premières révélations du jeu à la fin de l'été 1994, nombreux seront ceux qui crurent que Nintendo avait carrément conçu une nouvelle console pour afficher pareils graphismes...Un suspense que big N entretint volontiers et avec une délectation certaine, à une époque où la collaboration avec Sony commençait à battre de l'aile -Sony qui aurait du concevoir le CD-Rom Super Nintendo qui deviendra finalement la Sony Playstation- avant de vraiment lâcher le scoop : non non, Donkey Kong Country n'est pas un jeu CD-Rom, mais bel et bien un jeu...Super Nintendo ! Ca vous la coupe, hein ? Non seulement pas besoin de CD-ROM, mais en plus et surtout, l'ère de notre 16 bits n'est pas révolue....


Ce que Big N 'annonçait pas , c'est qu'en même temps, son association avec Rare -qui avait déjà participé à quelques-uns des jeux les plus mémorables de leur support comme l'excellent mais imprenable Battletoads sur NES en 1992 allait donner naissance également au grand retour de Nintendo sur le marché de l'arcade avec Killer Instinct, premier jeu de combat de big N et nouvelle intrusion de la firme au plombier en arcade depuis sa participation au R-Type d'Irem en 1987...Plus tard arriveront également Cruis'n'USA et Cruis'n'World, deux jeux de course automobiles très beaux techniquement, mais à l'intérêt plus qu'émoussé....


Parmi les possesseurs de Super Nintendo, qui n'a pas reçu son Donkey Kong Country pour Noel 1994 ? Le jeu dont le développement avait été à la fois médiatisé et savamment entretenu d'une pointe de mystère (on savait juste que quelque chose d'énorme se préparait) se vendit en quelques jours à plus de six millions d'exemplaires ! Un succès fulgurant qui renforcera considérablement Nintendo, mais qui hélas n'allait pas lui épargner un cruel passage à vide fait de Virtual Boy et d'une Ultra 64 (rebaptisée plus tard Nintendo 64) qui bien que présentée comme le renouveau du jeu vidéo n'allait être qu'un triste effet d'annonce...Mais n'anticipons pas sur ces funestes années pour demeurer encore le temps de quelques lignes en cette fin 1994.


Donkey Kong Country est un vaste conclomérat d'éléments qui ont fait la fortune de Nintendo : désormais, Donkey Kong n'est plus le méchant, mais le héros...D'ailleurs, le Donkey Kong de l'arcade est désormais vieux et radote sur son rocking chair...car place aux jeunes ! Le nouveau gorille Donkey Kong est un fringant primate à cravate, accompagné de son ami le chimpanzé Diddy Kong, et de sa fiancée (qui assure les sauvegardes), ainsi que d'un sympathique mais non moins branleur surfeur, Funky Kong. L'île de la famille Kong est envahie par des crocodiles qui ont chouravé les bananes de notre singe ! Oublions le fait qu'il apparaisse curieux pour un saurien de dérober des bananes et concentrons-nous sur le jeu.


Le jeu ? De la plate-forme à son meilleur niveau ! Outre la magistrale démonstration technique consistant en des graphismes inédits et une bande-son qualité CD sur cartouche, tout est réuni pour faire de Donkey Kong Country le jeu de cette fin de siècle...A tels point que dans les cercles d'adorateurs de Nintendo (comprenez tant les cours de récréation que les rédactions de magazines spécialisés), on se demandait si Nintendo n'allait pas amorcer un changement de mascotte ! Rien que ça...Donkey Kong allait-il supplanter Mario et ainsi raviver leur ancestrale rivalité ? Finalement non, mais à nouveau pour qui a connu ces jours désormais anciens, la question ne manquait pas de se poser. Maniabilité sans défaut, level design inventif, ingénieux et parfois hardcore, bref : Donkey Kong Country a tenu toutes ses promesses...


Parmi ces idées de génie, le retour des tonneaux mérite qu'on s'y attarde. Les tonneaux que l'ancêtre jetait au visage de Mario sont désormais vos alliés, et jouer à l'homme, pardon, au singe-canon est une des expériences les plus délirantes du monde de la plate-forme...Mais également l'une des plus exigeantes tant le nombre de passages "quitte ou double" était conséquent....De même les niveaux scénarisés où l'on assiste au coucher du soleil où au lever d'authentiques blizzards donnent au jeu une dimension vivante unique....Et comme chez Mario, les passages secrets sont légion, mais hélas parler de niveaux cachés serait inexact....Contrairement à ce qui se faisait dans le tonitruant Super Mario World -oui, le Mario dont le leadership fut remis en question par Donkey Kong !- les zones cachées ne sont que de "simples" séquences bonus à débusquer. Le jeu a la bonne idée de chiffrer votre progression (le maximum étant de 101%), mais il est dommage que l'accent n'ait pas été plus appuyé sur d'authentiques niveaux dissimulés.. Et voilà pourquoi selon moi Mario reste invaincu, même si n'exagérons rien, trouver les 101% du jeu sans solution n'était pas une sinécure...


Le succès aidant, Donkey Kong Country aura deux suites directs sur Super Nintendo et se déclinera également sur N64...Conséquence un peu plus immédiate, le personnage de Donkey Kong étant ainsi revenu sous les projecteurs, Nintendo aura l'excellente idée de faire sortir une version nouvelle du classique de l'arcade sur Game Boy, qui avec ses 100 niveaux marqua encore plus le come-back du grand singe, de Pauline et de Mario dans l'une des cartouches les plus indispensables de la portable de Gunpei Yokoi ! Portable qui aura également ses portages du "nouveau Donkey Kong", qui constitueront la série des "Donkey Kong Land", par analogie à celle des "Super Mario Land".

Fructueuse opération pour Nintendo donc et retour en fanfare d'une icône déjà vieillissante du jeu vidéo qui se refait une virginité avec brio.


Ultime hommage rendu à Donkey Kong Country, le jeu qui relança notre gorille et redonna un nouveau souffle à Nintendo alors que s'annonçait déjà la triste période qui vit la fin des 16 bits et l'arrivée mal assurée de la 3D dans l'univers du jeu vidéo : la Wii se vit honorée en décembre 2010, 16 ans après le premier opus, d'un nouvel avater de DKC, sobrement intitulé Donkey Kong Country Returns. Le retour de cette licence donne un jeu tout public aussi bon pour ceux qui ont déjà fait leurs classes sur SNES que pour ceux qui n'auraient pas connu la fin du siècle dernier ! Outre des décors franchement somptueux qui créent presque autant la surprise que ceux du jeu de 1994 et des musiques clairement reprises et réactualisées, Donkey Kong Country Returns s'enrichit de nouveaux éléments comme le jeu sur plusieurs plans tout en conservant le bon vieux -et irremplaçable !- contrôle 2D des familles, ainsi que de nouvelles interactions entre les héros et le décors...Mais également son level design parfois aux limites du hardcore, ce qui change de ces jeux à la difficulté coulante voire éludable qui sont devenus aujourd'hui l'une des raisons de ma désaffection pour le gaming contemporain...Bref : après le retour gagnant de 1994, il faudra parler également du retour gagnant de 2010 !




L'histoire de Donkey Kong s'arrêtera-t-elle ici ? Après ses déboires face à Mario, ses moments de gloire et son ultime come-back, Donkey Kong nous reserve-t-il à nouveau des surprises ? On attend ! Et on espère aussi.

Yace (shump.com)

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